10 juillet 2024

Interview de Pumpkin : « On a un impact qui est certain »

Du 1er au 5 juillet avait lieu la quatrième édition du Summer Camp à Trempo à Nantes. L’occasion pour Fragil d’aller à la rencontre de Pumpkin, rappeuse et coordinatrice pédagogique et artistique de ce stage de rap en mixité choisie réservé aux femmes et aux personnes issues des minorités de genre.

Interview de Pumpkin : « On a un impact qui est certain »

10 Juil 2024

Du 1er au 5 juillet avait lieu la quatrième édition du Summer Camp à Trempo à Nantes. L’occasion pour Fragil d’aller à la rencontre de Pumpkin, rappeuse et coordinatrice pédagogique et artistique de ce stage de rap en mixité choisie réservé aux femmes et aux personnes issues des minorités de genre.

Pumpkin, rappeuse nantaise engagée originaire de Brest, est la fondatrice de La.Club, un club de rappeuses nantaises lancé en 2019. En 2021, elle participe à la création du premier Summer Camp auprès de Raphaèle Pilorge, responsable des actions culturelles à Trempo. Ce projet offre aux participantes un temps et un espace de liberté d’expression artistique pour renforcer leur pratique musicale, se rencontrer et se créer un réseau.

La rappeuse Pumpkin, fondatrice de La.Club et co-créatrice du Summer Camp, lors de l’édition 2023.

Quel est votre rôle dans le projet du Summer Camp ?

Dans le cadre de ce projet, je suis coordinatrice pédagogique et artistique, c’est à dire que qu’on travaille à plusieurs avec Raphaèle et Pauline de Trempo. Ma casquette dans ce projet, c’est de m’occuper un petit peu, on va dire du choix du casting, des intervenantes et de réfléchir en collaboration avec elle aux contenus pédagogiques qui sont proposés pendant le stage.

Comment vous choisissez les personnes qui vont intervenir pendant les cinq jours de formation avec les stagiaires ?

Il faut que ce soient des femmes ou des personnes issues des minorités de genre, parce que c’est un stage en mixité choisie. Il faut aussi que ce soient des professionnelles du rap, des professionnelles de leur métier parce qu’on travaille avec des rappeuses, une beatmaker, une ingé son, des réalisatrices autour de l’image et de la vidéo. Donc en fait, toutes ces personnes sont talentueuses dans leur champ respectif, ce sont soit des femmes, soit des personnes issues des minorités de genres. Moi j’ai la volonté d’aller dénicher des personnes dotées d’une grande sensibilité et avec une appétence pour la transmission et le partage, des personnes qui ont le goût de passer du temps et de transmettre. Ce sont des ingrédients qui pour moi sont très importants et dans le fond je pense que c’est pas si évident que ça. Par exemple, typiquement chez les rappeuses, chez les artistes pur.es, on peut avoir du talent pour le rap ou pour la composition mais qui dit qu’on va avoir le goût de la transmission et la pédagogie pour le faire… C’est pas notre métier a priori de devenir prof, entre guillemets. Il faut quand même développer une pédagogie et au départ c’est pas forcément ce à quoi on se destine quand on fait du rap.

Quelles sont les artistes renommées qui sont intervenues au Summer Camp cette année ?

Cette année, on a eu Nayra et Eesah Yasuke qui sont venues faire des masterclass pour les anciennes promos des trois années précédentes qui reviennent cette année. Ce sont des artistes que j’avais croisées de loin mais que je ne connaissais pas personnellement contrairement à Fanny Polly, Tracy De Sà et F6NA et donc il a fallu les convaincre que le Summer Camp c’était un beau projet et puis il y a un peu ce pari de se dire : « C’est des supers artistes, elles ont l’air d’avoir une grande sensibilité, elles sont militantes, elles font des choses sur le plan politique et cætera« , donc moi je sens qu’il y a un potentiel intéressant pour ce projet. Après il y a toujours le pari de savoir est-ce que ça va marcher, est-ce que ça va matcher, est-ce qu’on va bien s’entendre, est-ce que la personne va comprendre ce qu’on fait ici et quel est le cœur du projet quoi. Il faut qu’on soit en phase et la chance qu’on a c’est que vraiment depuis le début c’est un bonheur et une chance parce que ça se passe hyper bien, on a que des supers intervenantes.

Qu’est-ce que vous pensez de la valorisation de projets comme le Summer Camp aujourd’hui ?

Moi je suis sur le cul parce que justement on se rend pas compte mais c’est pas valorisé en fait. Avec ces meufs là, et puis je vais m’inclure dedans parce que j’en ai marre de minimiser mon travail, on fait des choses qui sont assez incroyables en vrai et on a un impact qui est certain. Mais on en parle pas beaucoup, c’est très peu relayé. Non seulement on fait de la bonne musique, mais en plus, on fait un travail de terrain qui est très important et avec talent et c’est pas bankable aujourd’hui, c’est pas des choses qu’on met en avant dans les médias dans, la presse etc. Ce que je veux dire c’est qu’on nous ramène toujours à Diam’s, bon bah on n’est pas Diam’s en termes de volume, de chiffres et d’impact. Mais moi j’aime bien revendiquer le fait qu’on peut exister de différentes manières dans la musique. Quand on est artiste, on peut avoir plusieurs casquettes et plusieurs rôles à jouer dans ce monde.

Vous aviez fondé aussi La.Club en 2019, qui réunit des rappeuses amatrices en voie de professionnalisation. Depuis, est-ce que vous avez vu une émergence de rappeuses nantaises ? 

C’est gigantesque mais c’est pas tant grâce à La.Club en fait, c’est une accumulation de plein de petites choses. Moi quand je lance La.Club je le fais parce que je sens qu’il faut que je me mouille, que je fasse quelque chose pour stimuler les choses parce que j’en ai marre qu’il n’y ait pas plus de femmes sur le devant de la scène. On dit toujours qu’on veut changer le monde et cætera et ça nous semble impossible parce que le monde c’est grand et qu’on sait qu’on peut pas avoir un impact sur quelque chose d’aussi grand. Mais par contre, quand on commence petit et humblement et qu’on commence à se préoccuper des gens qu’on a autour de soi, là, on peut commencer à changer des petites choses. Puis, l’accumulation des petites choses donne des grandes choses. La.Club c’est même pas une association, il n’y a rien du tout. C’est juste moi et quelques meufs que j’ai dénichées qui rappaient un peu dans leur chambre, qui allaient un peu en open mic mais pas trop. On s’est réunies, on a tchatché, on a râpé, on s’est données de la force et ça a commencé petit comme ça. Aujourd’hui on est à Trempo et il y a presque 40 rappeuses du coin et du reste de la France et c’est le bordel et à Nantes il y a des rappeuses partout et il y a plein d’événements où il y a plus de meufs que de mecs… Il y a des personnes issues des minorités de genres aussi qui sont en place, il y a de l’adelphité dans tous les sens, de la sororité, des collectifs. Enfin, il y a des choses qui se passent aujourd’hui qui n’existaient pas avant en fait et ça a radicalement changé l’écosystème du coin.

Comment toi tu la ressens cette quatrième édition avec les stagiaires qui étaient là cette année ? Quand tu vois leur progression, comment tu la juges, on suppose que tu es fière d’elles ?

Déjà le groupe est super parce qu’il y a toujours ce truc chaque année, il y a un appel à candidature, cette année comme l’année dernière, on a reçu une soixantaine de candidatures pour 12 places. Donc on prend un certain temps pour écouter tous les projets etc. et puis après on prend pas des gens au hasard. On a cette idée de ce que doit être un groupe de stagiaires du Summer Camp avec plein d’ingrédients, on a besoin d’un maximum de diversité à tous les niveaux, on a besoin d’avoir des gens de toutes les classes sociales, de toutes les origines de toutes les esthétiques de rap, de tous les niveaux de rap. Des gens qui démarrent, des gens qui sont plus avancés, des jeunes, des plus âgés. On essaye vraiment d’avoir un maximum de diversité à tous les niveaux, même dans les orientations sexuelles etc., on ne le sait pas forcément parce que c’est pas des questions qu’on pose mais on se rend compte qu’on a des femmes, on a des personnes non-binaires, on a des personnes trans…Tout ça c’est hyper important parce que ça créé de la richesse, des échanges et on se nourrit au Summer Camp du collectif et de l’autre. La rencontre et le fait de se retrouver avec quelqu’un qui adore la boom bap par exemple et qui est dans des milieux militants féministes et queer va se retrouver avec une rappeuse bad bitch, avec des faux-ongles, hyper maquillées et sexualisée et dans un autre délire. En fait, nous on a besoin que ces personnes se rencontrent et communiquent.

Cette semaine est assez particulière politiquement car on est dans l’entre-deux tours [ndlr : l’interview a été réalisée le 4 juillet 2024] Comment vous vivez cette période politique en France ?

On est dans une bulle. D’ailleurs moi je culpabilise un peu de pas être plus dans le militantisme et là j’ai presque pas eu le temps de dormir parce que cette semaine est vraiment très intense. En vrai, je me suis rendu compte que dans le fond le Summer Camp en soi, c’est du militantisme en fait. Réunir ces personnes-là et faire en sorte que l’on casse l’entre-soi, faire en sorte que les gens se rencontrent, de valoriser tout ce qu’on fait et de faire en sorte que ça rayonne sur le territoire et bien dans le fond je pense que c’est pas si mal en fait, c’est déjà beaucoup. C’est pas rien quoi de se casser le cul pour que ces choses-là existent.

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L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017