19 février 2026

Île de Garde sort Rage Blossom, mini-LP pour « taper du pied »

Le trio nantais Île de Garde sort un mini-LP ce 20 février 2026, en digital et en vinyle. Composé de six titres, Rage Blossom rassemble « les morceaux les plus vénères » du groupe et marque la fin d’un premier cycle artistique. À l’occasion d’une résidence sur l’île de Nantes, les trois musiciennes en profitent pour se livrer sur leur parcours.

Île de Garde sort Rage Blossom, mini-LP pour « taper du pied »

19 Fév 2026

Le trio nantais Île de Garde sort un mini-LP ce 20 février 2026, en digital et en vinyle. Composé de six titres, Rage Blossom rassemble « les morceaux les plus vénères » du groupe et marque la fin d’un premier cycle artistique. À l’occasion d’une résidence sur l’île de Nantes, les trois musiciennes en profitent pour se livrer sur leur parcours.

Rencontre à la fin d’une journée intense de création en résidence, avec les trois membres du groupe Île de Garde : Klara Coudrais au chant et à l’écriture, Cécile Aurégan aux claviers et au synthé et Morgane Poulain à la batterie.

Dans l’un des studios de Trempo, la lumière s’est tamisée pour laisser place aux confidences, juste à côté des instruments et des carnets de notes griffonnés. Avant la musique, une amitié, construite en pointillés pendant près de quinze ans, entre Nantes, Rennes et Bruxelles.

Le trio donne finalement naissance à Île de Garde en 2019, un univers mêlant synthwave, pop rock et spoken word. Rage Blossom se présente comme un mini-LP, format intermédiaire plus long qu’un single mais plus court qu’un album.

Un mini-LP pour clore un premier cycle

Le label Carpaccio Cathédrale propose à Île de Garde d’enregistrer Rage Blossom après la participation du groupe à une compilation avec le titre Wedding Day. Le projet prend une nouvelle ampleur quand le label Born Bad Records rejoint l’aventure en mai 2025. Le disque passe alors d’un projet de cinquante cassettes à un pressage de 1000 vinyles.

Rage Blossom correspond à un moment charnière : « Finir cette première période d’Île de Garde, la jeunesse, et passer à l’adolescence », résume Cécile. Les trois musiciennes enregistrent alors les morceaux « les plus vénères » de leur répertoire. « On s’est dit : on fait un mini-LP comme une grande tarte, sans chercher l’équilibre », s’amuse la claviériste. Ces titres sont ceux « qui faisaient taper du pied » leur public en fin de set.

Une colère en mouvement

« “Rage” est un mot très fort. “Blossom”, c’est le bourgeonnement, quelque chose de doux et de tendre. Cette dichotomie est très présente dans notre projet », déclare Klara. Dans le contexte actuel, « la guerre partout, le réchauffement climatique », la chanteuse explique qu’il y a « un temps de sidération », suivi d’un « temps de colère collective pour faire quelque chose, ne pas désespérer » Une colère qui ne se veut pas paralysante, mais motrice.

Des titres comme Birthday Girl, parlent de détachement, d’émancipation, de « faire sans se préoccuper du regard des autres » encourage Klara. Morgane précise d’ailleurs : « On a sorti le remix avant le morceau original. Là, on remet les choses dans l’ordre. » La version présente sur le mini-LP est l’originale, enregistrée en featuring avec l’artiste italienne Kuntessa.

Sur scène, cette énergie passe aussi par le corps. À propos de la chanson To Death, Cécile évoque « une manière d’exulter par la danse, un mélange de corps et d’esprit dans cette rage et cette musique-là ».

Pendant l’interview, les blagues et les mots tendres fusent, traduisant leur joie d’être ensemble pour continuer le projet Île de Garde. Le 4 février 2026 © Amélie Fortin

Un artisanat collectif

La musique d’Île de Garde s’extrait des formes classiques. Peu de structure en couplets-refrains, mais des morceaux construits comme des récits. « J’incarne des personnages, je parle rarement de mon point de vue », dévoile Klara, qui multiplie les narrateur·ices et les archétypes féminins.

La composition se fait à trois, sans hiérarchie. « On compose vraiment toujours à trois », apprécie la chanteuse. Klara apporte le sens et les textes. Cécile travaille les blocs mélodiques et les textures sonores. Morgane structure l’ensemble par la rythmique. « Je stylise, j’organise, j’évite qu’on fasse des tunnels », explique la batteuse. Le trio parle d’un “artisanat” musical, fait de discussions et d’ajustements permanents.

Une pochette pensée comme un récit

La pochette de Rage Blossom est signée par l’illustratrice Clotilde Carton, déjà à l’origine de celle du premier EP. Le groupe en avait gardé une forme de frustration, ce dernier n’étant sorti qu’en digital, et jamais en objet physique. Cette fois-ci, le vinyle devient un support à part entière. Imprimé en pantone argenté sur fond noir, il est pensé comme une enluminure.

« Chaque image représente un morceau et une partie de sa narration », précise Klara. Certains éléments renvoient directement aux textes. Un chandelier apparaît, par exemple, en écho à Homicide Volontaire. La pochette donne aussi vie à trois « monstres intérieurs ». Ces figures correspondent aux peurs et aux tensions propres à chacune des artistes. Les musiciennes ont d’abord réalisé des croquis. Clotilde Carton les a ensuite transformés en illustrations finales.

Après des premiers pas au blockhaus DY10, avant de nombreuses scènes nantaises, des cafés-concerts à Stereolux, en passant par la Maison de l’Europe, le groupe se sent soutenu par l’écosystème musical de la ville. Rage Blossom a d’ailleurs été enregistré à Nantes, à l’école 3iS, par des étudiant·es encadré·es par une ingénieure du son, dans le cadre de leur examen de fin d’année.

Si la release aura lieu à Trempo avant plusieurs dates en France, les musiciennes regardent déjà plus loin. « Si on pense “album”, on cherche une cohérence, une forme narrative globale », annonce Klara. Rage Blossom apparaît alors comme une étape : celle d’un passage vers l’ouverture d’un nouveau chapitre pour Île de Garde.

 

Pour aller plus loin

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Découvrir Rage Blossom sur Bandcamp

Prochains concerts à Nantes en 2026

Curieuse, passionnée et lumineuse, Amélie a cette envie sincère de faire rayonner la culture et la solidarité nantaise.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017