Rencontre à la fin d’une journée intense de création en résidence, avec les trois membres du groupe Île de Garde : Klara Coudrais au chant et à l’écriture, Cécile Aurégan aux claviers et au synthé et Morgane Poulain à la batterie.
Dans l’un des studios de Trempo, la lumière s’est tamisée pour laisser place aux confidences, juste à côté des instruments et des carnets de notes griffonnés. Avant la musique, une amitié, construite en pointillés pendant près de quinze ans, entre Nantes, Rennes et Bruxelles.
Le trio donne finalement naissance à Île de Garde en 2019, un univers mêlant synthwave, pop rock et spoken word. Rage Blossom se présente comme un mini-LP, format intermédiaire plus long qu’un single mais plus court qu’un album.
Un mini-LP pour clore un premier cycle
Le label Carpaccio Cathédrale propose à Île de Garde d’enregistrer Rage Blossom après la participation du groupe à une compilation avec le titre Wedding Day. Le projet prend une nouvelle ampleur quand le label Born Bad Records rejoint l’aventure en mai 2025. Le disque passe alors d’un projet de cinquante cassettes à un pressage de 1000 vinyles.
Rage Blossom correspond à un moment charnière : « Finir cette première période d’Île de Garde, la jeunesse, et passer à l’adolescence », résume Cécile. Les trois musiciennes enregistrent alors les morceaux « les plus vénères » de leur répertoire. « On s’est dit : on fait un mini-LP comme une grande tarte, sans chercher l’équilibre », s’amuse la claviériste. Ces titres sont ceux « qui faisaient taper du pied » leur public en fin de set.
Une colère en mouvement
« “Rage” est un mot très fort. “Blossom”, c’est le bourgeonnement, quelque chose de doux et de tendre. Cette dichotomie est très présente dans notre projet », déclare Klara. Dans le contexte actuel, « la guerre partout, le réchauffement climatique », la chanteuse explique qu’il y a « un temps de sidération », suivi d’un « temps de colère collective pour faire quelque chose, ne pas désespérer » Une colère qui ne se veut pas paralysante, mais motrice.
Des titres comme Birthday Girl, parlent de détachement, d’émancipation, de « faire sans se préoccuper du regard des autres » encourage Klara. Morgane précise d’ailleurs : « On a sorti le remix avant le morceau original. Là, on remet les choses dans l’ordre. » La version présente sur le mini-LP est l’originale, enregistrée en featuring avec l’artiste italienne Kuntessa.
Sur scène, cette énergie passe aussi par le corps. À propos de la chanson To Death, Cécile évoque « une manière d’exulter par la danse, un mélange de corps et d’esprit dans cette rage et cette musique-là ».

Pendant l’interview, les blagues et les mots tendres fusent, traduisant leur joie d’être ensemble pour continuer le projet Île de Garde. Le 4 février 2026 © Amélie Fortin
Un artisanat collectif
La musique d’Île de Garde s’extrait des formes classiques. Peu de structure en couplets-refrains, mais des morceaux construits comme des récits. « J’incarne des personnages, je parle rarement de mon point de vue », dévoile Klara, qui multiplie les narrateur·ices et les archétypes féminins.
La composition se fait à trois, sans hiérarchie. « On compose vraiment toujours à trois », apprécie la chanteuse. Klara apporte le sens et les textes. Cécile travaille les blocs mélodiques et les textures sonores. Morgane structure l’ensemble par la rythmique. « Je stylise, j’organise, j’évite qu’on fasse des tunnels », explique la batteuse. Le trio parle d’un “artisanat” musical, fait de discussions et d’ajustements permanents.
Une pochette pensée comme un récit
La pochette de Rage Blossom est signée par l’illustratrice Clotilde Carton, déjà à l’origine de celle du premier EP. Le groupe en avait gardé une forme de frustration, ce dernier n’étant sorti qu’en digital, et jamais en objet physique. Cette fois-ci, le vinyle devient un support à part entière. Imprimé en pantone argenté sur fond noir, il est pensé comme une enluminure.
« Chaque image représente un morceau et une partie de sa narration », précise Klara. Certains éléments renvoient directement aux textes. Un chandelier apparaît, par exemple, en écho à Homicide Volontaire. La pochette donne aussi vie à trois « monstres intérieurs ». Ces figures correspondent aux peurs et aux tensions propres à chacune des artistes. Les musiciennes ont d’abord réalisé des croquis. Clotilde Carton les a ensuite transformés en illustrations finales.
Après des premiers pas au blockhaus DY10, avant de nombreuses scènes nantaises, des cafés-concerts à Stereolux, en passant par la Maison de l’Europe, le groupe se sent soutenu par l’écosystème musical de la ville. Rage Blossom a d’ailleurs été enregistré à Nantes, à l’école 3iS, par des étudiant·es encadré·es par une ingénieure du son, dans le cadre de leur examen de fin d’année.
Si la release aura lieu à Trempo avant plusieurs dates en France, les musiciennes regardent déjà plus loin. « Si on pense “album”, on cherche une cohérence, une forme narrative globale », annonce Klara. Rage Blossom apparaît alors comme une étape : celle d’un passage vers l’ouverture d’un nouveau chapitre pour Île de Garde.
Pour aller plus loin
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Découvrir Rage Blossom sur Bandcamp
Prochains concerts à Nantes en 2026
- Release party de Rage Blossom le 2 avril à Trempo
- Le 26 juin dans le cadre des Scènes Vagabondes