15 janvier 2026

Hidden Creatures : « l’énergie moderne » du duo The Psychotic Unicorns

Le duo nantais The Psychotic Unicorns dévoile son nouvel album Hidden Creatures ce 15 janvier 2026. Conçu dans une démarche DIY assumée, le disque s’accompagne des clips "Honge is Dead" et "Nocturnal Animal". Découverte de ce projet entre rock garage punk et réinvention.

Hidden Creatures : « l’énergie moderne » du duo The Psychotic Unicorns

15 Jan 2026

Le duo nantais The Psychotic Unicorns dévoile son nouvel album Hidden Creatures ce 15 janvier 2026. Conçu dans une démarche DIY assumée, le disque s’accompagne des clips "Honge is Dead" et "Nocturnal Animal". Découverte de ce projet entre rock garage punk et réinvention.

« Depuis qu’on est deux, on a un peu changé notre façon de composer. » À la sortie de Hidden Creatures, Cerval, batteuse et chanteuse et Guivre, guitariste, racontent la trajectoire de The Psychotic Unicorns. Le duo complice revient sur l’évolution d’un projet initié au début des années 2010, resserré au fil du temps. Un long parcours, marqué par des virages inattendus qui éclairent l’identité de ce deuxième album.

Un duo formé presque par hasard, pour « essayer »

Cerval initie la création du groupe en 2013 pendant ses études à Nantes, dont elle est originaire. Elle chante, joue de la batterie, compose et s’entoure de trois musiciens. Le groupe prend ses marques à Trempolino sur l’île Beaulieu et à la Maison des arts de Saint-Herblain. Les guitaristes et bassistes du quatuor se succèdent, avant la stabilisation de la formation à l’arrivée de Guivre. Le premier album Bridge est enregistré et autoproduit à quatre en 2017.

Fin 2018, le second guitariste et la bassiste mettent fin à la collaboration, pour des raisons familiales et professionnelles. « On n’avait pas les mêmes objectifs en termes de groupe », explique Cerval. La décision est collective et apaisée : « On s’entendait super bien et on ne voulait pas se quitter en mauvais termes. »

Même si l’idée de former un duo ne correspondait pas au projet initial, Cerval et Guivre continuent The Psychotic Unicorns. « On est resté à deux parce qu’on s’est dit “tiens, on va essayer” », raconte la batteuse et chanteuse. Le groupe enchaîne les lives, du Ferrailleur à la scène Michelet, en passant par Stéréolux et de très nombreux cafés concerts, lieux associatifs et festivals, à Nantes, en Bretagne et dans toute la France. Des années d’ajustements plus tard, Hidden Creatures voit le jour.

« Hidden Creatures, c’est l’album de la maturité » plaisantent Cerval et Guivre, riant du cliché. Le 31 décembre 2025 © Amélie Fortin

Une page qui se tourne avec Hidden Creatures

Les morceaux de l’album mêlent anciennes compositions issues du quatuor et titres plus récents, travaillés dans le format duo. Pour compenser l’absence de basse, Guivre utilise des pédales et un ampli supplémentaire. « On utilise des pédales de guitare qui permettent de grossir le son », explique-t-il. Les paroles sont écrites par Cerval, entre colère politique et expériences personnelles, tandis que la composition et les arrangements deviennent plus collectifs. « Cet album-là, c’est le dernier où il y a plus de compos à moi », annonce-t-elle.

Même si leurs inspirations viennent du « vieux punk 77 », les acolytes recherchent une « énergie moderne » dans les sonorités. Cerval cite Soft Play en modèle : « Un groupe de punk vraiment cool qui fait partie des duos qui ont émergé ces dernières années. » Certains morceaux changent de rythme ou d’ambiance en cours de route, grâce aux influences variées du binôme : « du stoner, du doom, du psyché, du métal, du dub… » Guivre s’en réjouit : « On aime bien casser les trucs, surprendre un peu. » Ce goût pour l’inattendu se traduit aussi par un jeu sur les rôles. Sur quelques titres, en studio comme sur scène, Cerval passe à la guitare et Guivre à la batterie.

Le clip de Honge is Dead fait un clin d’œil discret à celui de The Hardest Button To Button des White Stripes. Un duo iconique du rock des années 2000, avec lequel ils sont parfois comparés. Publiée en décembre 2025, leur vidéo a été tournée au bord du lac du Sagalou sur un coup de tête, avec très peu de moyens : « On avait décidé de faire un clip, mais on y est allé un peu en schlag », admet Cerval. Début janvier 2026, le groupe dévoile un second clip, créé pour le morceau Nocturnal Animal à partir de scènes capturées lors de leur passage sur la scène du Fury Festival.

Un esprit punk « full DIY » qui perdure

Hidden Creatures a été enregistré en partie chez des ami·es du groupe, disposant d’un studio d’enregistrement associatif, mixé par Guivre et mastérisé par un ingénieur du son nantais. Sans label, ni booker, le tandem gère la production, la communication et la recherche de concerts. « C’est beaucoup de temps qu’on passe en dehors de la musique », ajoute Guivre, avant de s’amuser des difficultés à tout gérer seuls : « On a fait des affiches pour le nouvel album et on en a collé… deux. »

Comme beaucoup de groupes indépendants, les membres de The Psychotic Unicorns travaillent en parallèle de la musique. « Même les groupes qui marchent bien ont du mal à vivre uniquement de la musique », soulignent-ils d’une seule voix. Cette réalité impose un rythme soutenu : « Tous les week-ends et les jours de congé sont occupés par le projet. »

Le groupe prépare une tournée en 2026, en s’adressant de plus en plus à des organisations militantes. Un choix important pour se protéger du sexisme. Cerval témoigne : « En tant que meuf qui fait de la batterie, j’ai eu plusieurs remarques sexistes et y a eu une période où c’était vraiment lourd. » Une problématique qu’elle juge essentielle d’aborder, même si elle constate une amélioration certaine.

Avec Hidden Creatures, The Psychotic Unicorns referment un chapitre, sans marquer un point final. La batteuse et le guitariste regardent déjà vers la suite. « On a déjà d’autres chansons pour un nouvel album, composées à deux », confient-ils. Une perspective qui confirme l’ancrage durable de la formation et amorce une réflexion plus large sur les conditions de création, entre autonomie, engagement et recherche d’équilibre.

 

Pour aller plus loin

Curieuse, passionnée et lumineuse, Amélie a cette envie sincère de faire rayonner la culture et la solidarité nantaise.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017