9 février 2026

Fêtes Interconnectées de la BD : « c’est tout ce qu’il manque au FIBD »

En réaction à l'annulation du Festival International de la BD d'Angoulême, les Fêtes Interconnectées de la BD ont émergé le samedi 31 janvier 2026 dans plusieurs villes de France. L’édition nantaise était organisée par Girlxcott Nantes à l’Atelier Dulcie September.

Fêtes Interconnectées de la BD : « c’est tout ce qu’il manque au FIBD »

09 Fév 2026

En réaction à l'annulation du Festival International de la BD d'Angoulême, les Fêtes Interconnectées de la BD ont émergé le samedi 31 janvier 2026 dans plusieurs villes de France. L’édition nantaise était organisée par Girlxcott Nantes à l’Atelier Dulcie September.

Les Fêtes Interconnectées de la Bande Dessinée sont « un système de festivals alternatifs au Festival international de la BD (FIBD) d’Angoulême. Les fêtes ont germé sur la base du volontariat dans plusieurs villes », nous définit Marie-Ange Rousseau, membre de la collective Girlxcott Nantes. 

Les raisons de cette démarche prennent racines dans la gestion du FIBD par la société 9e Art+.« Ça fait plusieurs années que le FIBD est problématique pour des problèmes de managements toxiques et une ligne qui s’éloigne de l’art et de la bande dessinée au profil de l’idée de faire le plus d’argent possible », éclaircit la bénévole. 

Elle poursuit : « Girlxcott a été créée suite à l’affaire concernant l’agression de Chloé par un prestataire. Cette responsable de la communication a été licenciée pour faute grave après avoir porté plainte ». Le Manifeste des 285 répond directement à cette polémique en appelant au boycott et ouvre la voie à la création de la collective.

Se révolter et s’organiser

Déjà menacé de boycott depuis plusieurs années, le FIBD a finalement été annulé le 1 décembre 2025. Une occasion en or pour Girlxcott qui a pu se saisir de l’opportunité pour se réapproprier le festival. 

Stand du collectif Girlxcott Nantes, de gauche à droite: Marie-Ange Rousseau, Aude Wiard, Sophie Bonadé, Justine Meignan, Agathe Arnaud et Garance Amiard 31/01/26 crédit: Nathan Brunaud

Composé exclusivement d’auteur.ices de BD, l’équipe a rapidement mis au point une charte qui met en avant leurs revendications. 4 axes émergent : l’inclusivité, l’accessibilité, l’engagement et l’horizontalité. L’idée est simple, faire une journée avec « tout ce qu’il manque au FIBD« .

L’organisation et la gestion des fêtes sont décentralisées à un niveau local, à une échelle plus humaine. « Sur Nantes ont est une dizaine d’autrices bénévoles qui ont monté cette journée », précise Marie-Ange. Elle ajoute : « ce ne sont pas forcément des gens qui ont l’habitude d’organiser des festivals. Tout s’est fait assez rapidement, c’est le charme du festival fait à la va-vite avec les moyens du bord ».

Un salon aux antipodes du FIBD

Dans le respect de la charte, les individu·es et maisons d’éditions présent·es ont été méticuleusement choisi·es : « on a fait attention de contacter des groupes et personnes qui correspondent à nos valeurs ». Au sein de l’Atelier Dulcie September étaient donc présent·es des acteur·ices locaux·ales. La librairie associative COOL PAPER ZONE, un salon de l’édition locale, des Dj sets, des ateliers de créations et des tables rondes ont rythmé la journée.

Conférence sur l’organisation des artistes-auteur·ices contre la précarité, animée par Cassandre Thiénot, Lucie Castel, SNAP CGT et Henri Landré 31/01/26 crédit: Nathan Brunaud

Durant les dernières années, le festival d’Angoulême avait essuyé plusieurs polémiques pour ses choix d’invités de marque, notamment Bastien Vivès. Ici aucun·e artiste n’a été starifié·e, l’objectif est clair « une volonté horizontale, éviter la hiérarchie, les différences de pouvoir ».

Ce choix de traiter tout·es les artistes à la même enseigne n’est pas la seule différence notable des deux festivals. L’accessibilité des fêtes interconnectées est mise en avant où « l’entrée est gratuite ». Marie-Ange commente : « contrairement au FIBD où le prix ne faisait qu’augmenter avec les années ».

De plus une attention particulière est présente pour « faire attention à tout ce qui est violence et harcèlement ». En cas de problème, « c’est à nous, les organisatrices, qu’il faut se référer ». Une responsabilité assumée qui tranche avec le festival d’Angoulême où « à notre connaissance rien n’est fait par rapport aux comportements problématiques », confie la membre de Girlxcott.

Les Fêtes Interconnectées changent de modèle financier. Se détournant des modèles privés, elles s’orientent vers un fonctionnement collectif sur la base du volontariat : « une cagnotte est à disposition pour rembourser les frais et rémunérer de manière symbolique les personnes qui ont pris part à l’organisation de ce festival ».

Témoigner d’une réalité

Un thème central émerge au cours de la journée: qu’en est-il de la place des artistes-auteur·ices dans la BD. Un sujet qui a été librement évoqué au cours des différentes tables rondes tenues dans l’arrière salle du festival.

« sans nous il n’y a pas de livres »

Un point important que la bénévole souligne : « Les auteur·ices manquent de considérations. Il y a un statut glamourisé qu’on devait briser pour parler réellement de nos conditions matérielles d’existence. On ne vit pas d’amour et d’eau fraîche malheureusement ». Elle continue : « beaucoup sont sous le RSA (revenu de solidarité active) ou l’ASS (allocation de solidarité spécifique), la majorité ne gagne pas un smic, il ne faut pas oublier que sans nous il n’y a pas de livres ».

Marie-Ange conclut au sujet des Fêtes interconnectées de la BD que« ça n’a vocation qu’à exister uniquement cette année du fait de l’annulation du festival d’Angoulême. Pour l’instant il n’y a pas d’autres champs d’action prévu, ça peut être amené à évoluer. »

Infos pratiques

Girlxcott

COOL PAPER ZONE, article Fragil

Atelier Dulcie September

Novice en journalisme mais conscient du poids de l’information dans la société, Nathan a rejoint l’équipe bénévole de rédacteur·ices du webzine Fragil en octobre. Il espère profiter de cette expérience pour découvrir la vie locale nantaise avec une plus grande ouverture mais également mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de l’information.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017