Coupes budgétaires : le théâtre du Cyclope contraint de revoir son activité

Suite aux coupes budgétaires touchant le domaine de la culture, le théâtre du Cyclope à Nantes annule “Aux filles du temps”, l’une de ses pièces programmée pour le mois de mars

Les membres du Cyclope devant la salle du théâtre située rue Joffre à Nantes. ©Lucie Costabel

Depuis l’instauration du budget 2025, le théâtre du Cyclope subit de nombreuses répercussions. En mars 2026, c’est leur pièce “Aux filles du temps » créée en coproduction par le théâtre et l’association Fil Tandem qui est déprogrammée. “On comptait programmer 6 dates ce mois-ci mais elles ont toutes été annulées ”, regrettent Laure Mounier et Samuel Decoux, co-responsables du théâtre associatif.

Une décision prise à contre-cœur par les responsables du théâtre. Cette pièce sur le thème des Violences Sexistes et Sexuelles initialement destinée à 80% aux programmations scolaires n’a pas pu tenir en raison de la restriction du budget accordé au pass Culture.

Des aides en forte diminution

Au niveau national, derrière le pass Culture individuel pour les jeunes de 15 à 21 ans, il existe aussi la part collective, destinée aux établissements scolaires. Accessible via la plateforme ADAGE, elle permet notamment aux professeur·es de financer des activités culturelles pour leurs classes, dont de nombreux spectacles. La part collective du pass Culture a drastiquement baissé suite au budget 2025, selon Laure Mounier, elle serait passée de “25 euros à 3 euros” pour chaque élève.

C’est avec regret que Samuel, comédien et metteur en scène, s’exprime à ce sujet puisque 50% du financement du théâtre provient de la billetterie : “s’il n’y a plus personne pour acheter des places, comment on fait”.

Autre répercussion directe des coupes budgétaires nationales, c’est aussi le FONPEPS, Fonds national pour l’emploi dans le spectacle qui est suspendu. Il s’agit d’une aide à l’embauche des salarié·es et aux salaires des intermittent·es du spectacle qui jouent dans des salles de moins de 300 places. Au théâtre du Cyclope qui comporte 49 places, iels ne sont que 3 salarié·s et pour Laure, comédienne depuis plus de 20 ans, les possibilités sont désormais restreintes : “aujourd’hui si on doit embaucher quelqu’un on ne peut plus”.

Si le théâtre du Cyclope est touché par des problèmes financiers, c’est plus largement le cas de l’ensemble du secteur selon Laure. Elle affirme que les compagnies de théâtre ont elles aussi du mal à trouver des dates  : “aujourd’hui les demandes de programmation ont quadruplé”, souligne-t-elle . Pour rémunérer les compagnies, le théâtre du Cyclope fonctionne avec une billetterie partagée, 60% de l’argent est reversé aux compagnies et 40% au théâtre qui s’occupe de l’administratif et de la communication.

Les membres du Cyclope dans la salle de théâtre. Samuel Decoux en haut à droite, au deuxième rang de gauche à droite, Léo Guillemin et Laure Mounier, premier rang de gauche à droite, Maxence Eveillard, Jeanne Lefèvre et Jennifer Hamelin ©Lucie Costabel

S’adapter pour maintenir l’activité du théâtre

Mais les deux responsables l’avouent, face à cette forte demande de programmation venant des compagnies, iels sont contraintes de faire des choix sur les programmations. “On essaie de varier selon les sujets, l’âge du public ou la connaissance de la compagnie”. Mais iels insistent toustes les deux sur le point le plus important : programmer des artistes du territoire.

En moyenne le théâtre programme chaque compagnie sur 2 à 3 dates, majoritairement le week-end et pendant les vacances scolaires. Le reste de la semaine, le théâtre propose des cours de théâtre tout public.  Une activité qui contribue aux 50% restants des sources de revenus du théâtre.

Pour pallier les difficultés, les co-responsables s’adaptent en programmant “des compagnies avec moins d’acteurs pour pouvoir rémunérer tout le monde”, tout en essayant de maintenir un cap clair afin de “continuer de rendre le théâtre et la culture accessible à tous”. Envisagées sur une période d’un à deux ans, ces solutions restent malgré tout temporaires avant de devoir, peut-être, repenser l’activité du théâtre.


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