25 février 2026

Black Foxes : « C’est le paroxysme de la safe place »

Black Foxes se produira en concert au Ferrailleur le 1ᵉʳ mars 2026. Le jeune groupe nantais aux influences punk et grunge, né d'une amitié de 10 ans, aura l'occasion de montrer qu'il est possible de proposer un show rock'n'roll seulement avec une guitare et une batterie.

Black Foxes : « C’est le paroxysme de la safe place »

25 Fév 2026

Black Foxes se produira en concert au Ferrailleur le 1ᵉʳ mars 2026. Le jeune groupe nantais aux influences punk et grunge, né d'une amitié de 10 ans, aura l'occasion de montrer qu'il est possible de proposer un show rock'n'roll seulement avec une guitare et une batterie.

Le 1ᵉʳ mars prochain, le groupe Black Foxes se produira au Ferrailleur pour la première fois. Le jeune groupe aux influences punk et grunge y jouera des titres de son premier EP Ascension Of Astra, sorti en juillet 2025, ainsi que des titres exclusifs.

Premier EP : un challenge au service de la résilience

Sorti en juillet dernier, l’EP Ascension Of Astra est un manifeste de résilience. Dans cette production artistique, c’est un morceau du récit de vie de Marie qui nous est proposé. « Je voulais prendre du recul, comme si je gravitais autour, pour rendre mon histoire un peu plus belle et pour grandir en tant que femme », nous confie la guitariste et chanteuse du groupe. Une force assumée traverse les 3 titres de cet EP. « Je pense que la colère, la rage, la joie, ce sont des choses qui nous constituent en tant qu’humains. Mais si on n’en parle pas, si on met tout sous le tapis, ça ne fera qu’empirer. J’ai choisi d’y faire face et d’en parler. » Pour la jeune femme de 27 ans, Ascension Of Astra représente un outil de lutte contre le silence. Dans le fond comme dans la forme, cet EP se veut le plus authentique. « C’est l’image que j’ai de la maison dans laquelle j’ai grandi », nous dit Marie au sujet de la pochette du projet qu’elle a elle-même confectionnée.

Mais comment faire pour incarner à deux individus le récit d’un seul ? La réponse réside dans la longue amitié des deux membres du groupe, toutes deux originaires de La Rochelle. « Je connais tellement son histoire, parce qu’on se connait depuis tellement longtemps et on l’a vécue ensemble, je sais que c’est important pour elle d’en parler », souligne Roxane, la batteuse du groupe qui connait Marie depuis une dizaine d’années. « Ça a un côté rassurant pour moi de me dire que je n’ai pas à me justifier de quoi que ce soit, que je peux arriver en répète avec ces paroles-là qui peuvent paraître un peu intimes », complète Marie. Pour les deux musiciennes arrivées sur Nantes en 2017, Black Foxes, « C’est le paroxysme de la safe place ».

Marie en répétition au Hub. Photo : @Ewen Le Pennec 13.02.2026

Roxane à la batterie au Hub. Photo : @Ewen Le Pennec 13.02.2026

Pour le groupe, une fois la question du fond traitée, celle de la forme restait entière. Comment remplir l’espace sonore sans basse ni deuxième guitare ? Étant seulement deux, elles ont dû trouver des stratégies. Parmi elles, l’utilisation de deux amplificateurs différents (guitare et basse), et de nombreuses pédales d’effet, permet de donner plus de relief à leur musique. De plus, Marie a opéré une transition importante, délaissant les cris et les chants hurlés utilisés dans ses anciens groupes, pour une approche plus « classique », mais non moins habitée. « C’était un gros challenge ce groupe pour moi [..] Je suis super contente de voir mon avancée depuis le début », ajoute-t-elle fièrement. Par ailleurs, Roxane à la batterie donne plutôt dans la simplicité, celle qui complimente et soutient le reste de l’œuvre. Très inspirée par Meg White, batteuse du groupe The White Stripes, la musicienne de 29 ans tente elle aussi de produire « cette force du minimalisme le plus total qui sert énormément aux chansons. »

Les pédales d’effets au service des performances de Black Foxes. Photo : @Ewen Le Pennec 13.02.2026

Être deux femmes sur une scène rock reste, en 2026, un acte d’affirmation. Marie et Roxane le savent : « On sait qu’en tant que femmes, on nous parlera d’une manière différente. C’est un fait« . Fortes de leur expérience, elles ont appris à dire non. Fini les « plans galères » comme ce concert cauchemardesque à Bordeaux où, après deux heures de route, l’organisateur avait oublié leur venue, les laissant décharger leur matériel dans une cave obscure, sans lumière ni public. « 2 gars à fond, c’est plus cool que 15 personnes qui ne sont pas réceptives », relativisent-elles, aspirant néanmoins à des expériences « plus chill et bienveillantes ».

Un groupe live ancré dans ses valeurs

Une des valeurs fortes du groupe est celle de l’inclusivité. L’épilepsie de Roxane la rend tout à fait concernée, et soucieuse de l’attention des organisations portée à ce sujet. « Je gère très mal tout ce qui est lumière, tout ce qui est un peu stimulant, quand il y a beaucoup de monde, quand il y a beaucoup de sons, à la longue, ça me fatigue beaucoup, et ça peut être un facteur déclencheur« , nous confie-t-elle. Black Foxes se préoccupe de l’inclusivité en matière de handicap, mais aussi plus largement : « On ne veut pas qu’il y ait de discrimination d’aucune sorte dans les lieux dans lesquels on est reçus. Si on sait qu’il y a des gens cancels dans une orga, on ne va pas accepter. »

Jusqu’ici, les apparitions de Black Foxes sur scène ont été relativement rares. Il s’agit bien là d’un choix. « Jusqu’à maintenant, on n’a jamais démarché qui que ce soit« , révèle la batteuse qui semble pourtant avoir un répertoire bien rempli. En octobre 2025, le groupe s’est produit deux fois au Poum Poum T’chak, et se produira sur la scène du Ferrailleur, connue pour sa programmation rock et métal à Nantes, le 1ᵉʳ mars prochain. L’expérience live représente pour elles l’occasion de rentrer en résonance avec un public : « Cette relation d’humain à humain, où on a ensemble la valeur de la musique ». Le souci du partage et de la générosité semble être le fondement du groupe nantais. « Tu attrapes quelque chose de la vie de quelqu’un qui est un peu universel certainement », constate Marie au sujet de leurs concerts précédents. « En allant à des concerts, il y a une forme de catharsis« , complète-t-elle, elle-même souvent membre du public.

Black Foxes nous invitera à suivre leur actualité de près dans le futur : « Faire un album, ça serait cool« , s’exclament-elles.

 

Pour aller plus loin 

  • Suivre l’actualité de Black Foxes sur Instagram
  • Découvrir Ascension of Astra sur Bandcamp
  • Aller au prochain concert de Black Foxes le dimanche 1ᵉʳ mars au Ferrailleur

 

 

Ewen, éducateur spécialisé, a rejoint l’équipe de Fragil à Nantes depuis septembre 2025. Il y voit dans ce média associatif, un espace pour créer du lien et défendre ses valeurs.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017