« J’avais juste la sensation de devoir être là » : à Nantes, près d’un millier de personnes rassemblées après l’attentat de Trappes

Reportage photos. Trois jours après l’attentat raciste de Trappes et La Verrière, qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, près d’un millier de personnes se sont rassemblées lundi 26 octobre au monument des 50 Otages, à Nantes. Sous la pluie, intervenant·es et participant·es disent la sidération, le besoin d’être ensemble et la colère contre la banalisation des discours racistes.

Une foule dense vue de dos, sous la pluie et les lampadaires allumés : parapluies, drapeaux et une pancarte « L'idéologie R haine tue ». En haut, la tour Bretagne sur le ciel bleu du soir.
Sous les lampadaires, la place est noire de monde. Sur une pancarte, un jeu de mots vise le Rassemblement national : « L'idéologie R haine tue ». Beaucoup n'ont pas voulu répondre aux questions, mais une même phrase revenait : « J'ai pas envie de m'exprimer, mais j'avais juste la sensation de devoir être là. »  Photo : Baptiste Gavart, 26/10/2026
Au pied du monument des 50 Otages et de ses statues vertes, des manifestant·es tiennent une banderole blanche où l'on lit en rouge « Le racisme tue » et, plus petit, « Pas de justice, pas de paix ».
Au pied du monument des 50 Otages, qui honore les otages fusillés par les Allemands en octobre 1941, une banderole résume le message de la soirée : « Le racisme tue », et en dessous, « Pas de justice, pas de paix ». L’appel est venu d’une dizaine d’associations nantaises, dont Dar Al Soudan, Congo Bolingo, Kifah Nantes, Jeunes des Dervallières et Urgence Palestine Nantes, rejointes par LFI Loire-Atlantique. Photo : Baptiste Gavart, 26/10/2026
À la tombée de la nuit, le monument des 50 Otages, ses colonnes éclairées et ses noms gravés au premier plan. À droite, la foule rassemblée avec des drapeaux, et la tour Bretagne en fond.
Parmi les participant·es se trouve Sarah (le prénom a été modifié), future fonctionnaire. Elle explique sa présence : « C’est important surtout de montrer notre soutien. » Elle pense aux personnes racisées : « Il est important d’avoir une sorte de représentation des Français non racistes. » La France, selon elle, « n’est pas un pays raciste », avant de nuancer : « pour la plupart, on espère ». Elise (prénom d’emprunt), étudiante, invite elle aussi à regarder au-delà du seul tireur : « Peut-être penser les responsabilités politiques et médiatiques, vu la place aujourd’hui des discours racistes dans les médias. » Photo : Baptiste Gavart, 26/10/2026
Un homme aux cheveux et à la barbe grisonnants, lunettes et veste beige au col relevé, parle en tenant un petit micro dans la main. Le fond est flou.
Ibrahim, agent territorial dans un lycée, dit sa « sidération » : « Le racisme, qui s’est lentement diffusé au niveau des médias et autres, a tué. » Puis : « Tout ça pourquoi ? Parce qu’il était noir. » Photo : Baptiste Gavart, 26/10/2026
L’association Jeunes des Dervallières a inauguré les prises de parole. Assia (absente sur la photo) a souligné le caractère raciste de l’attentat de Trappes et de La Verrière et a pointé du doigt celles et ceux qui en sont, selon elle, responsables. « Ce qui s’est passé à Trappes n’est que la suite logique de la haine véhiculée par des politiques d’extrême droite, le RN et le LR. Car oui, on n’oublie pas “A bas le voile” », a-t-elle déclaré en référence à cette phrase prononcée en mars 2025 par Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur. « On refuse de se taire, on refuse que le racisme devienne quelque chose de normal et on refuse qu’on nous fasse croire que ce problème vient d’apparaître alors que ça fait des années qu’on lutte contre », a ensuite souligné Dalida. La jeune femme a lu un discours écrit par Sihan, co-présidente de l’association, qui n’a pas souhaité prendre la parole elle-même de peur d’être identifiée et prise pour cible. Photo : Florence Calvez, 26/10/2026
Les prises de parole se sont poursuivies avec un discours d’un militant du collectif antiraciste Isonomia. Après avoir fustigé le « pouvoir capitaliste blanc » sur lequel s’est construite la République française, il a terminé son intervention en rappelant la devise de cette même République : « Aujourd’hui, quand je prends la parole, c’est en tant que quelqu’un qui croit dans la promesse de liberté, d’égalité et de fraternité malgré les difficultés qu’elle a à être manifestée. » Photo : Florence Calvez, 26/10/2026
Entre deux interventions, le millier de personnes présent a spontanément entonné Siamo tutti antifascisti (Nous sommes tous antifascistes). Ce chant italien apparu dans les années 1920 en réaction au gouvernement fasciste de Mussolini est aujourd’hui fréquemment repris dans les manifestations antiracistes. Photo : Florence Calvez, 26/10/2026
Derrière le rassemblement, un cordon de policier·es se tient sur la chaussée mouillée. Léa (le prénom a été modifié), étudiante, l’a remarqué dès son arrivée : « Ce que je trouve un peu dur, c’est de voir déjà les policiers autour de nous nous surveiller. On est arrivés trente minutes en avance, on était trois, et il y avait déjà plus de forces de l’ordre autour de nous. » Pour elle, ce n’est « jamais très rassurant ». Photo : Baptiste Gavart, 26/10/2026

Reportage photos réalisé en collaboration avec Florence Calvez.


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