Frankenstein, un opéra-rock communiste : le pari de la troupe rezéenne des Vaches à Roulettes

La troupe amateur des Vaches à Roulettes présentera Frankenstein, un opéra-rock communiste le samedi 10 octobre 2026 au théâtre municipal de Rezé, lors d’une soirée en soutien à Gaza et aux luttes du peuple marocain. L’auteur de la pièce, Guillaume Connan, et la metteuse en scène Claire Pautet assument ce pari de porter le militantisme sur scène.

Les comédien·nes des Vaches à Roulettes sont amateur·ices. Plusieurs ont d’abord suivi les ateliers théâtre de Claire Pautet avant d’être sélectionné·es pour rejoindre la troupe, qui en est aujourd’hui à sa quatrième création. Photo : Amélie Fortin, le 05/10/2026

« Communiste », le mot est écrit en toutes lettres sur les affiches et ne passe pas toujours inaperçu.  Ces dernières sont parfois arrachées dans la rue. Claire pense même que ce sous-titre a pu décourager une partie du public lors de la première de la pièce, en mars dernier. Pourtant, pas question pour les deux membres des Vaches à Roulettes d’édulcorer leur propos. Ce samedi, la troupe rejouera Frankenstein, un opéra rock communiste au théâtre municipal de Rezé, en présence de Résilience Gaza et Solidarité avec les Luttes du Peuple Marocain (SLPM). Les deux associations prendront la parole avant le spectacle, tiendront des stands et se verront remettre la recette de la soirée.

Militant, mais « grand public »

À la mise en scène, Claire veille à offrir un spectacle avant tout divertissant, qui « s’adresse à tout le monde ». Face à l’auteur dont elle partage la vie et qu’elle décrit comme « extrêmement engagé », elle dit régulièrement rappeler à la troupe : « Attention, pas trop de politique ! »

« On essaie que ça se comprenne et que ça pose des questions en arrière-plan », explique Guillaume. Dans son adaptation libre de Frankenstein, l’auteur transpose l’intrigue dans un pays inspiré du bloc communiste et joue notamment avec la filiation, l’idéal révolutionnaire et ce qu’un régime peut en faire. Son objectif est d’évoquer des sujets politiques « tout en passant un bon moment et en faisant du théâtre, pas du discours », armé de musique et d’humour.

Si Guillaume Connan signe le texte de Frankenstein, l’idée de s’attaquer à la créature vient de Claire Pautet. La metteuse en scène souhaitait depuis longtemps travailler autour de Frankenstein Junior, la comédie de Mel Brooks sortie en 1974. Photo : Amélie Fortin, le 05/10/2026

Un engagement qui dépasse la scène

Claire revendique sans détour le caractère militant des Vaches à roulettes. « Ah oui, ça, c’est sûr ! », répond-elle lorsqu’on lui pose la question. Dans ses ateliers théâtre, elle annonce désormais dès le premier cours qu’elle ne prend « que des gens de gauche » comme élèves. Au fil des années, elle a aussi vu la politique prendre davantage de place dans les exercices d’improvisation. « Avant, dans les impros, c’était toujours un peu léger. Maintenant, plus ça va, plus les gens mettent des petites touches personnelles », observe-t-elle.

Les Vaches à Roulettes travaillent leurs créations sur plusieurs saisons : après une première représentation, la troupe cherche à faire tourner chaque spectacle une dizaine de fois. Cette saison, elle répète Frankenstein tout en achevant la tournée de Titanicus et en préparant déjà sa prochaine création. Photo : Amélie Fortin, le 05/10/2026

Un engagement qui ne s’arrête pas au contenu des spectacles. La troupe des Vaches à Roulettes joue régulièrement au profit d’associations. Pour Claire, le théâtre est aussi un espace où des personnes qui ne viennent pas des mêmes milieux sociaux peuvent se rencontrer. Dans ses cours, des âges, des métiers et des parcours différents se côtoient, ainsi que des personnes en situation de handicap. « Tout le monde peut faire du théâtre », résume-t-elle.

Cette dimension politique n’a pourtant rien d’un projet réfléchi comme tel dès le départ. Elle raconte avoir longtemps affirmé ne « pas spécialement faire de politique ». C’est progressivement qu’elle a identifié ce que ses convictions produisaient dans sa manière d’enseigner et de mettre en scène : « Sans en avoir tout le temps conscience, je pense que c’est tout le temps là. »

Opéra-rock oblige, les répétitions ne se limitent pas au jeu : les comédien·nes travaillent également chant et chorégraphies. Photo : Amélie Fortin, le 05/10/2026

Toucher au-delà des cercles militants

Samedi, cette conception du théâtre prendra une forme très concrète. Au-delà de la collecte, la troupe des Vaches à Roulettes veut profiter de Frankenstein pour créer une rencontre entre le public et les deux associations soutenues. « Le but, c’est de récolter un maximum d’argent et aussi d’informer », explique Guillaume. L’ambition est simple : « Essayer de faire venir les gens qui ne sont pas naturellement dans les réunions militantes. »

La metteuse en scène partage ce constat. Les personnes déjà très engagées ne sont pas nécessairement celles qu’elle espère toucher en priorité. Le spectacle peut, selon elle, permettre de découvrir une situation politique, de discuter avec les militant·es présent·es ou simplement de faire un premier pas hors de sa « zone de confort ».

À quelques jours de la représentation, elle se réjouit ainsi de reconnaître peu de noms parmi les premières réservations. Le signe, peut-être, que l’information commence à circuler au-delà du cercle habituel de la troupe. Reste le pari défendu par Claire, Guillaume et les comédien·nes : faire rire avec Frankenstein, avant de laisser discussions et rencontres prolonger la soirée au-delà de la scène.

 


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