« Déjà, La Lettre à Lulu, elle paraît pas souvent et les clients, ils sont contents. Parce que les clients, ils en ont marre de lire le journal tous les jours. Ils ont pas le temps de lire. » Dans la salle du Cold Crash, les rires fusent. Sur scène, le déroutant professeur Lolo déroule une histoire fantaisiste de La Lettre à Lulu. Dans le public, Nicolas de La Casinière, directeur de la publication et animateur du journal, est lui aussi hilare.

« Trente ans qu’on existe, alors qu’on nous avait donné quelques mois »
L’autodérision fonctionne d’autant mieux qu’elle part d’une vérité : Lulu n’a jamais beaucoup aimé les calendriers. « La Lettre à Lulu, c’est un journal qui paraît quand il veut, quand il peut », résume Nicolas de La Casinière. À Nantes, l’équipe de journalistes derrière Lulu enquête, épingle les pouvoirs locaux et en rit depuis plus de trente ans, sans s’imposer la contrainte de paraître régulièrement. Nicolas se réjouit du chemin parcouru : « Ça se porte pas trop mal ! Là, ça fait trente ans qu’on existe, alors qu’on nous avait donné quelques mois de vie à nos débuts. Donc on peut être assez satisfaits. »

« Le Canard enchaîné dans une ville de province, on va voir si ça marche »
Selon le directeur de publication, la longévité du titre de presse tient aussi à une certaine manière d’exercer le journalisme, proche de celle du Canard enchaîné, à laquelle il semble particulièrement attaché. Celui qui a été pigiste raconte avoir connu un travail parfois « dicté par des impératifs marketing » ou par la ligne éditoriale du média pour lequel il travaillait. À Lulu, « il y a une plus grande liberté » affirme-t-il. Celle, notamment, de chercher « dans les lieux de pouvoir, ce qui dysfonctionne et ce qui mérite d’être mis sur la place publique ».

Tout ne débouche pas pour autant sur de grands bouleversements. Il se souvient : « Il y a plein de souvenirs où on se dit ‘‘tiens, on a un peu remué la scène locale sans trop de résultats’’ et des fois, c’est un peu frustrant. »
Un nouveau numéro de La Lettre à Lulu est déjà en préparation. Pour la suite, pas de plan sur la comète. Pragmatique, il déclare : « On s’est toujours dit que si Lulu s’arrêtait un jour, ça s’arrêtera un jour. »
Trente ans, ça se fête
En attendant, à l’anniversaire de Lulu, pas question de parler d’enterrement. La fête fait partie intégrante du journal : « On a souvent fait des fêtes en réinvestissant les bénéfices de Lulu pour les mettre à disposition de nos lecteurs et nos lectrices », explique Nicolas. Il poursuit : « C’est un peu une tradition, même si c’est irrégulier, comme la sortie du journal. » C’est pourquoi, la soirée et ses animations sont gratuites et tout public. Seule la restauration végane de La Cantine à Lulu est à prix libre.

Sur la terrasse, les tables se remplissent à mesure que le soleil décline. À l’extérieur du Cold Crash comme à l’intérieur, il y a du monde et des allées et venues entre spectacles, bar et stands. Dans le public, beaucoup de têtes grisonnantes et surtout, une familiarité palpable avec Lulu. Les références à l’univers du journal déclenchent les rires et les chansons sont volontiers reprises en chœur. Le journal est feuilleté et certains repartent avec des exemplaires. La soirée prend vite des airs de retrouvailles entre habitué·es.

Chansons militantes, magie engagée, fausse conférence sur l’histoire de Lulu et DJ set se succèdent jusqu’à la nuit. Une programmation bien remplie où le sérieux des sujets cohabite constamment avec l’envie d’en rire. C’est justement l’équilibre que Nicolas de La Casinière interroge après trente ans : « du sérieux, qui est l’investigation » et « un ton ironique, qui prend de la distance en rigolant un peu ». Et pour savoir si la recette tient toujours, il propose finalement son propre indicateur : « Si on est encore là, c’est qu’il y a des gens qui ont envie de le lire, donc peut-être que ça marche. »
Pour aller plus loin
- Découvrir les anciens numéros de La Lettre à Lulu
- Retrouver La Lettre à Lulu dans les points de vente de la région nantaise




