Les Jeux de Bretagne 2026 tirent la sonnette d’alarme « au sujet de la culture bretonne à Nantes »

Pour leur 4e édition, les Jeux de Bretagne ont investi du 19 au 28 juin le parvis Neptune, à Nantes. Tournois de basket-bol breton, compétitions de gouren et de lancers de bottes de foin se sont succédé, entrecoupés de moments culturels et militants. Cependant, le public a été moins nombreux que prévu, en raison des fortes chaleurs. Conséquence : un bilan financier négatif et une incertitude quant à l’avenir de l’événement.

Une partie des 400 bénévoles de l'association est montée sur scène lors de la clôture des Jeux de Bretagne, dimanche 28 juin. Le comité organisateur a salué leur implication indispensable pour l'organisation de cet événement de 10 jours, entièrement gratuit. Photo : Florence Calvez, 28/06/2026

« Aujourd’hui, nous déclarons solennellement que la culture bretonne à Nantes est en vigilance rouge. » C’est en ces termes que Florian Le Teuff, membre du comité d’organisation des Jeux de Bretagne, a débuté son discours de clôture, après dix jours de festival. La canicule qui n’avait, elle, rien de bretonne s’est en effet abattue sur l’événement, causant une baisse de fréquentation et un important manque à gagner pour la buvette, principale source de recettes de ce festival gratuit, porté par plus de 400 bénévoles.

Un festival entièrement gratuit

Pour leur 4e édition, les Jeux de Bretagne ont occupé du 19 au 28 juin 2026 le parvis Neptune, au pied du carré Feydeau. Créés en 2022 à l’initiative entre autres de Florian Le Teuff, figure nantaise du mouvement pour la réintégration de la Loire-Atlantique à la Bretagne, les Jeux s’installent sur le Cours Saint-André. En 2024, ils déménagent sur le parking Duchesse-Anne, végétalisé depuis. En 2025, faute de lieu adéquat, l’édition doit être annulée. En 2026, c’est en face de la place du Bouffay que se déroulent les festivités. « C’est important pour nous de présenter ce projet dans l’hypercentre de la cité des Ducs de Bretagne, dans cette idée d’accessibilité, puisque notre pari c’est organiser un festival totalement gratuit pendant 10 jours », déclare Florian, qui s’est chargé de la programmation de cette nouvelle édition.

Pour respecter cet engagement, le festival a fait appel à plus de 400 bénévoles pour tenir le stand d’accueil, de restauration, la buvette, ou encore accueillir les scolaires venus découvrir tous les jours les jeux traditionnels bretons. Pour Florian, la gratuité est primordiale : « On veut aussi démontrer qu’à Nantes c’est possible d’organiser des grandes fêtes, où c’est ouvert aux quatre vents, où tout le monde peut rentrer, où on peut participer à des activités sportives, où on peut assister à des événements culturels. » L’ouverture à tout type de public fait écho aux valeurs du festival, « des valeurs de solidarité, de fraternité, d’ouverture, d’inclusion ».

Les Jeux de Bretagne (C’hoarioù Breizh en breton) promeuvent une vision de la Bretagne « ouverte, inclusive, qui défend des valeurs de solidarité », déclare Florian Le Teuff, membre du comité d’organisation. Photo : Florence Calvez, 20/06/2026

Les Jeux de Bretagne sont soutenus financièrement par différents partenaires : « On a Lancelot, Breizh Cola, Kerisac », énumère Sarah Elvin, seule salariée de l’association et coordinatrice des Jeux. « On a évidemment les institutions : on a la Mairie avec qui on travaille beaucoup pour pouvoir mettre en place tout ça. Et puis nos autres soutiens financiers, la région Bretagne notamment », poursuit-elle. Grande absente : la région Pays de la Loire, dont les coupes budgétaires de 2025 avaient fait beaucoup de bruit. Les organisateurices du festival n’ont d’ailleurs pas épargné la présidente, Christelle Morançais, en programmant une soirée intitulée « Nous sommes Christelle ! » Les comédien·nes de Stomach Company ont imaginé à cette occasion le monde en 2050 où Christelle Morançais serait toute puissante et où la culture serait morte.

Un soutien « trop faible » de la Ville de Nantes

Malgré ces partenaires, Florian Le Teuff estime que le festival a « très peu de moyens financiers » pour tenir dix jours en totale gratuité, accueillir plus de 800 scolaires et payer sa trentaine de prestataires. Dans son discours de clôture des Jeux, il a notamment épinglé la Ville de Nantes, dont la subvention de 5000 € représente « moins de 4 % du budget global de l’événement ». Il a également pointé du doigt le paradoxe d’un festival ouvert à tou·te·s dont la principale source de recettes est la buvette : « L’accueil des scolaires et les initiations sportives que nous leur proposons chaque jour de la semaine sont financés essentiellement par l’alcool. C’est une absurdité ! »

D’autant que ce modèle économique a été mis à mal par les chaleurs extrêmes survenues pendant la semaine, ce qui a entraîné une baisse de fréquentation et donc moins de ventes à la buvette. Pour le comité organisateur, l’interprétation « restrictive » par la municipalité de l’arrêté préfectoral interdisant la vente d’alcool à emporter lors de la Fête de la musique est également en cause. « Pourquoi les services de la Ville ont-ils contraint les Jeux de Bretagne à cesser de vendre de la bière, tandis que l’alcool coulait à flot partout dans les rues ? », s’interroge-t-il.

Le comité d’organisation des Jeux de Bretagne a prononcé un discours de clôture alarmiste sur l’état de la culture bretonne à Nantes. Florian Le Teuff (à droite) a exprimé les craintes de l’association pour son avenir. Photo : Florence Calvez, 28/06/2026

Le bilan financier de cette édition est donc négatif : – 40 000 € selon l’organisation. Pour que les Jeux de Bretagne 2027 voient le jour, « 20 000 euros viendront de notre trésorerie », poursuit Florian. « Il nous manquera donc 20 000 euros. Nous demandons à la Ville de prendre enfin sa responsabilité. » Celui qui a étrenné en 2020 le poste d’adjoint aux affaires bretonnes (supprimé depuis) a également regretté que ni Johanna Rolland ni Aymeric Seassau, adjoint à la culture, n’ait rendu visite aux Jeux de Bretagne. « Cette quatrième édition aura démontré que le soutien trop faible de la Ville de Nantes ne nous permet pas de pérenniser notre événement », estime le comité d’organisation.

Plus globalement, c’est le milieu breton qui est en danger selon Florian Le Teuff. S’il dressait un bilan positif de la politique de la Ville en faveur de la culture bretonne à l’issue de son mandat d’adjoint, son constat est tout autre aujourd’hui. « Cette remise de médailles particulière est l’opportunité de tirer la sonnette d’alarme au sujet de la culture bretonne à Nantes », a-t-il déclaré après avoir récompensé les différentes équipes bénévoles. Le 12 juin dernier, l’une des principales association du milieu, l’Agence culturelle bretonne (ACB), annonçait en effet le licenciement de ses deux salarié·es par un communiqué relayé sur le réseau social X, après la perte de sa subvention départementale. L’ACB devrait d’ailleurs être en charge de la gestion de Kejadenn, un lieu consacré à la culture bretonne qui occuperait le rez-de-chaussée de la tour Bretagne à sa réouverture, dont l’avenir est désormais incertain.

Article écrit en collaboration avec Armel Bihan

 


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