« La montée de l’extrême droite et l’urgence climatique donnent une détermination, une urgence à agir, qui est peut-être aussi utile que la colère », affirme Thibaut Schepman. Pour la deuxième édition du cycle de rencontres « Que faire de nos colères ? », les Autres Possibles s’associent aux Ecossolies — qui visent développer et promouvoir l’économie sociale et solidaire (ESS) dans la métropole nantaise et à l’échelle départementale — et questionnent cette fois-ci le monde médiatique : Comment entrer en résistance face à une attaque organisée et ciblée contre l’un des piliers de la démocratie ?
Dans les locaux du Solilab, jeudi 11 juin dernier, une trentaine de personnes se sont rassemblées pour écouter les expertises de Charlotte Clavreul, directrice du Fonds pour une Presse Libre (FPL) et de Thibaut Schepman, journaliste pour le média indépendant Bon Pote.
Une presse indépendante indispensable
À l’aube de 2027, Le quatrième pouvoir n’a jamais été aussi en danger. La concentration des médias aux mains de quelques multi-milliardaires nuit à « une information libre, plurielle et de qualité », alerte Marie Bertin, rédactrice en chef les Autres Possibles et animatrice de l’échange. Et dans tout ce paysage médiatique, la presse dite indépendante — définie comme étant une « structure revendiquant la transparence, l’indépendance et l’autonomie vis-à-vis des pressions politiques, économiques ou idéologiques » — est essentielle. Thibaut Schepman salue notamment la puissance de celle-ci via le travail de Médiapart en ne citant que l’actualité la plus récente : « Si Patrick Bruel est mis en examen aujourd’hui, c’est que Médiapart enquête dessus depuis 7 ans. »
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Créer des solutions
Pour pallier ce danger, le FPL a vu la jour en 2019. À l’initiative de Médiapart, ce fonds a vocation de soutenir la presse indépendante à travers deux volets : « Un soutien financier, en reversant l’intégralité des dons que l’on reçoit des citoyen·nes aux médias qui nous présentent des projets, et via des missions de plaidoyer. », explique sa directrice. Entre 2021 et 2026, la structure a déjà reversé plus d’1,5 millions d’euros de dons à une cinquantaine de médias indépendants, dont les Autres Possibles, Splann ! ou encore Médiacités.

Mais depuis quelques années, un autre mécanisme de silenciation des journalistes est utilisé par les plus gros : les procédures baillons. Ces procédures judiciaires abusives visent à faire perdre de l’argent aux médias jusqu’à les couler financièrement. Le journaliste de Bon pote en a déjà fait les frais à deux reprises : « Je me suis préparé pendant des semaines, c’était assez stressant. Puis, la veille de l’audience, la plainte a été retirée : si ce n’est pas pour nous ennuyer, je ne vois pas à quoi ça sert. » Pour aider ces journalistes, le FPL a alors co-créé avec l’ONG internationale Media Defence le Fonds Ripostes, dans le but d’aider juridiquement la presse indépendante. « On a réussi à récolter 100 000 euros en moins de deux semaines, expose fièrement Charlotte Clavreul, mais en huit mois d’existence, nous avons déjà dépensé 50 % de la dotation pour seulement sept médias. »
« C’est la société civile qui peut faire changer les choses »
Outre les grandes structures, les invité·es invitent chacun et chacune à faire la différence. Premièrement il est nécessaire de s’intéresser à la presse locale et la soutenir dans le but d’éviter « les déserts éditoriaux ». Pour se faire, la carte de Ouest Medialab recense les 2 638 rédactions locales présentent dans l’hexagone et en outre-mer, dont une quarantaine à Nantes. Ensuite, il devient indispensable de reconnaître les médias indépendants des médias dits « mainstream » : Basta ! offre un portail des médias indépendants et la presse libre en réunit 8 pour un abonnement unique.
Chaque don a un impact et ce n’est pas Bon pote qui va dire le contraire : « La moyenne des dons que l’ont reçoit est de cinq à six euros par mois, explique Thibaut Schepman, il a suffit de quelques milliers de personnes pour monter notre rédaction. » Comme eux, le FPL fonctionne grâce à ses donateurs qui, implicitement, financent de nouveaux médias indépendants. « Je fais souvent le parallèle avec les AMAP, explique avec le sourire Thibaut Schepman, il y a 15/20 ans, beaucoup ont trouvé cela normal de soutenir les producteurices qui travaillent avec nos valeurs, en circuit court. On s’est alors abonné pour subventionner, et à la fin on a soutenu un projet ! » Pour les médias, le principe est le même, et c’est la société civile qui a le pouvoir de faire changer les choses.
Une réflexion collective unanime
Au Solilab, chaque discussion se termine par une réflexion d’initiative citoyenne et, dans le cas présent, médiatique pour changer les choses. À l’unanimité, les participant·es ont proposé que les médias aillent au contact de leur lectorat pour « limiter la défiance envers les journalistes ». Ainsi, l’objectif serait de recréer un lien de confiance et proposer un débat public au niveau local via des conférences de rédactions ouvertes. Fragil en prend note.




