Sophie Gardner-Roberts, co-fondatrice de l’association Les Increvables en Selle, est ferme : la pratique du vélo, encore aujourd’hui, est un « acte de transgression et de révolution ». Là où les libertés sont bafouées, le vélo permet aux femmes* une liberté de mouvement et une sécurité physique qui a été maintes fois prouvée dans l’histoire. En France, c’est même grâce à lui que les femmes ont pu, pour la première fois, porter le pantalon, ce qui en fait un « réel vecteur de transformation sociale ».
Un événement à l’image de l’association
Le projet de l’association située dans le quartier Dalby s’est d’abord construit autour de la création d’une bande-dessinée sur l’histoire du vélo comme allié des luttes féministes. En 2020, les trois co-fondatrices, Sophie Gardner-Roberts (journaliste), Lucie Sagot Duveauroux (réparatrice de vélo) et Morgane Ganault (illustratrice) avaient alors collecté des paroles de femmes sur leurs liens avec le vélo. La bande-dessinée n’a jamais vu le jour, mais l’association s’est fondée sur l’importance des témoignages et de la perspective historique du vélo comme outil d’émancipation. L’opportunité de créer une exposition à l’espace Cosmopolis a permis de réutiliser (et de redonner la parole) aux femmes rencontrées à la genèse du projet. L’astérisque dans le titre de l’exposition permet d’ancrer l’exposition dans l’intersectionnalité des luttes et d’inclure toutes les personnes s’identifiant comme des femmes.
La vaste programmation menée par la dizaine de bénévoles des Increvables en Selle s’apparente à un festival : des rencontres, des projections, des visites guidées, des ciné-débats et une déambulation à vélo dans la ville s’ajoutent à l’exposition pluridisciplinaire. Le tout se termine le jeudi 30 avril avec une soirée animée avec la chorale féministe Les Ré-enchanteuses et la DJ Myms’s au Cosmopolis.

Entre perspectives internationales…
Pour Francine Fenet, bénévole aux Increvables, collaborer avec l’espace Cosmopolis, dont la programmation est axée sur les questions internationales, est l’occasion de « montrer la variété des rapports des femmes* autour de la pratique du vélo, ici comme ailleurs dans le monde. » Ainsi, l’exposition offre à voir le projet Bicyclette de l’artiste palestinienne Duaa Qishta, la joie de l’association américaine Black Girl Do Bike ou encore l’œuvre numérique de Fatima Zahra Damir, d’origine marocaine.
La création d’une équipe de cyclistes professionnelles féminines en Afghanistan, documentée par la journaliste Shannon Galpin, témoigne des discriminations basées sur le genre que vivent ces jeunes athlètes. « C’est une lutte pour elles » raconte Francine, car il reste encore des territoires où le vélo représente une liberté de mouvement difficile à conserver.

… et ancrage local
Du côté des françaises, on peut observer les planches de l’illustratrice Isabel Del Real durant son périple à vélo de Brest vers l’Iran ainsi que des photos de l’aventurière Gaëlle Bojko, première personne à avoir traversé le lac Baïkal en autonomie. Un espace est dédié à l’aspect mécanique du vélo avec des photos des ateliers de réparation de vélo nantais ainsi que le portrait de Swanee Ravonison, première artisane de fabrication de cadres de vélo en France.

L’association cherche à demeurer implantée dans le quartier de La Bottière, où elle a pignon sur rue. En creusant son partenariat avec Le Dérailleur, une école de vélo pour les femmes adultes, l’association espère « élargir cet événement pour qu’il ne soit pas uniquement pensé pour le centre-ville nantais et qu’il puisse mettre en lumière le quartier et ses initiatives », souligne Sophie.
Une liberté à nuancer
Le titre de l’exposition, Femmes* Vélo Liberté, se veut un hommage à Mahsa Amini, décédée après son arrestation par la « police des mœurs » à Téhéran en septembre 2022 pour avoir refusé de porter le voile. Le slogan militant Femme Vie Liberté s’est alors largement popularisé en Iran.

Sophie rappelle que la question de la liberté demeure à nuancer : ce ne sont pas toutes les femmes qui associent le vélo à la liberté : « Même si des femmes dans l’histoire se servent du vélo pour tracter et pouvoir s’enfuir rapidement, le harcèlement et les violences vécues par les femmes, notamment par les femmes racisées, ne sont pas pour autant éradiqués ». Les sportives de haut niveau, par exemple, ne sont toujours pas les égales des hommes dans ce sport. De plus, ce ne sont pas toutes les personnes s’identifiant comme des femmes qui se sentent légitimes d’occuper les espaces « outdoor ».
Le vélo, un objet concret et réparateur
L’exposition se termine sur la présentation des court-métrages réalisés par Les Increvables durant deux cyclo-voyages visant à accompagner des femmes ayant subies des violences sexistes et sexuelles. Durant le parcours, des ateliers de mécanique et d’orientation à vélo ainsi que d’autodéfense permettent « d’augmenter la confiance et l’autonomie de ces personnes » souligne Francine.
Avec déjà plus de 1500 personnes ayant visité l’exposition, Francine s’étonne de voir constamment de nouvelles personnes errer dans l’espace Cosmopolis. Elle réalise que, finalement, le vélo est un « sujet assez concret, les gens ont tou·tes des choses à raconter autour du vélo, que ce soit le souvenir de leur premier vélo ou celui de leur période d’apprentissage ».
Pour aller plus loin
- L’exposition est en accès libre à l’espace Cosmopolis
- La programmation complète sur le site de l’association
- Le court-métrage L’Increvable Tour (2022 – Manon Aubel)
- Les aventurières à vélo, documentaire historique sur la bicyclette et les luttes féministes
- L’artiste Fatima Zahra Damir sur Instagram @damir_jpeg




