10 mars 2026

« Les sortir un peu de leurs soucis quotidiens » : La Maison du Cœur, un nouveau lieu d’accueil au cœur de Bellevue

Reportage photo. Début février, Les Restos du Cœur ont ouvert un nouveau centre d'activités à Nantes. Cette Maison du Cœur réunit un espace de distribution alimentaire, un espace petite enfance et un accueil de jour inconditionnel pour femmes dans des locaux entièrement rénovés et adaptés.

« Les sortir un peu de leurs soucis quotidiens » : La Maison du Cœur, un nouveau lieu d’accueil au cœur de Bellevue

10 Mar 2026

Reportage photo. Début février, Les Restos du Cœur ont ouvert un nouveau centre d'activités à Nantes. Cette Maison du Cœur réunit un espace de distribution alimentaire, un espace petite enfance et un accueil de jour inconditionnel pour femmes dans des locaux entièrement rénovés et adaptés.

Alors que la grande collecte des Restos du Cœur lançait le début de sa campagne d’été, ce week-end du 6, 7 et 8 mars, la Maison du Cœur passait le cap du premier mois d’ouverture.
Après un an et demi de travaux, ce nouveau lieu d’accueil et de solidarité a ouvert au 34, rue Etienne Coutan à Nantes, au centre du quartier Bellevue. Un premier investissement foncier pour l’association, visant à permettre à plus de 600 familles en situation de fragilité de bénéficier chaque semaine d’une aide alimentaire et de nombreux services d’accompagnement. Le lieu offre également un accueil de jour renforcé et inconditionnel pour les femmes à la rue.

Éric et Brigitte veillent, en collégiale, à la bonne organisation du nouveau centre de distribution de Bellevue. Éric a rejoint les Restos du Cœur depuis trois ans, en commençant par faire de la distribution au centre de Dalby, avant de faire de l’intermédiation locative aux Toits du Cœur. Il s’appuie sur l’expérience de Brigitte, investie aux Restos depuis sa retraite en 2017. Après un passage au centre de Dalby également, elle a activement participé depuis 2021 à la mise en place et gestion du camion épicerie, le centre itinérant de Loire Atlantique. Leurs rôles désormais : « Faire fonctionner mais aussi animer les 80 bénévoles », rappelle Brigitte. « Notre objectif, c’est quand même de repérer les bénévoles qui vont vouloir évoluer. On doit permettre ça aussi. » Photo © Amandine Masson, 12/02/2026

À la veille de l’ouverture de l’aide alimentaire, Armelle et Fatima, deux bénévoles récemment recrutées, s’affairent à remplir les rayonnages. Ce centre de distribution sera « beaucoup plus vaste et confortable que les autres centres de distribution urbains que l’on a, parce que l’idée ici c’est que l’on veut bien sûr toucher les personnes du quartier, mais on veut aussi désengorger les deux gros centres urbains qui sont Dalby et Saint-Herblain, et qui sont très saturés » explique Éric. Leur objectif à terme : « ouvrir cinq à six distributions par semaine » avec une centaine de bénéficiaires par jour. « Je crois que l’on sera très vite débordé parce qu’il y a plus de besoin. » Photo © Amandine Masson, 12/02/2026

Le centre de distribution mobilise actuellement 80-85 bénévoles. « On apprend à se connaître, et justement, on essaie de comprendre un peu les compétences de chacun parce qu’ici, il y a plein de fonctions différentes », rappelle Éric, dans son rôle de collégiale. « Vous imaginez bien que pour qu’on ait ça en rayon, il y a une gestion de stock en bas (avec Benoît), il y a un camion qui va arriver dans peu de temps, il y a des bénévoles qui vont décharger, etc. Il y a toute une logistique quand même derrière tout ça pour réussir à servir. » Au delà de la logistique au stock, il y a aussi tout un travail administratif pour recruter des bénévoles, pour faire venir les personnes accueillies. Tout est numérisé et enregistré grâce à des inscripteur.ses. Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

La Maison du Cœur pratique la distribution accompagnée, comme ici avec Jean-Michel, bénévole. « C’est-à-dire qu’on va suivre les personnes accueillies dans les rayons. Et l’idée, c’est de pouvoir papoter un peu avec elles, au moins qu’elles se rendent compte qu’il y a moyen d’avoir un contact, et puis qu’on arrive à nouer ce contact pour aller plus loin », explique Éric. Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

Conformément aux attentes de l’association nationale des Restos du Cœur, la priorité est mise sur le contact : « On insiste beaucoup sur l’accueil, la bienveillance. C’est un lieu où on peut rester, discuter, c’est lieu d’échange. » Au delà de la distribution alimentaire, le lieu a vocation d’offrir un large panel d’aides à la personne : assurances scolaires, aide juridique via des permanences d’avocats gratuites à Nantes, micro-crédit, soutien à la recherche d’emploi, … en s’appuyant aussi sur l’écosystème associatif très riche du quartier. « C’est à nous un peu de cerner des gens que peut-être ça intéresse, que ça remet sur pied », précise Brigitte. Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

Pour illustrer cette volonté, un espace Petite Enfance a été imaginé dans les nouveaux locaux pour accueillir familles, femmes enceintes et enfants de 0 à 3 ans. On vise l’éducation à la parentalité, c’est-à-dire que les femmes ne laissent pas leurs enfants dans l’espace, mais viennent avec leurs enfants, pour pouvoir lire une histoire, il y’a des jeux éducatifs… », précise Brigitte. Photo © Amandine Masson, 12/02/2026

Françoise et Nathalie, les deux bénévoles de l’espace Petite Enfance, offrent un espace d’écoute pour les parents et y distribuent des produits de première nécessités : alimentation bébé, couches et produits de soins, vêtements… Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

Chaque jour, 70 femmes à la rue viennent trouver à l’accueil de jour de la Maison du Cœur, un endroit sécurisant et convivial pour se poser, se doucher, manger. Un accueil inconditionnel, sans inscription, ni condition de ressources. Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

L’accueil de jour de femmes existait déjà, à Boulay Paty, dans des locaux anciens et assez vétustes. Son déménagement à la Maison du Cœur permet un accueil « beaucoup plus confortable, beaucoup plus décent pour des femmes de la rue », se réjouit Catherine. « On avait notre salle d’accueil qui devait faire 80 m2. Parfois, on accueillait jusqu’à 80 femmes. Donc, ce n’était plus possible. » Le nouvel accueil de jour de 265 m2 a notamment permis de créer une salle de repos où elles peuvent dormir et un coin numérique. Photo © Amandine Masson, 12/02/2026

Catherine est entrée aux Restos du Cœur en 2017 en commençant à l’accueil de jour pour femmes et n’en est jamais partie. Elle a accepté de prendre des responsabilités dans ce nouveau lieu, qu’elle partage avec deux autres bénévoles en collégiale.
« Chaque jour, on a des équipes différentes. On a à peu près 10 bénévoles par jour qui viennent. C’est des journées entières de 9h30 à 17h. Plus le ménage à faire. Donc, c’est des grosses journées pour les bénévoles. » L’accueil de jour fait désormais face à un enjeu de recrutement puisqu’il faudrait pérenniser la présence d’« une dizaine de bénévoles par jour pour être confortable », explique-t-elle. Photo © Amandine Masson, 12/02/2026

L’accueil de jour offre aussi un lieu chaud et confortable pour se retrouver à cette jeune femme et sa référente de l’ASE. Une occasion pour elles de découvrir l’ensemble des services : aide aux démarches administratives, orientation vers de nombreuses associations et partenaires sociaux, permanences médicales (psychologues, dépistage VIH, dépistage auditif, rendez-vous gynécologiques).Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

En cuisine, Patricia est l’une des bénévoles qui veille sur la bonne préparation des collations du matin et des repas du midi. « On sert le repas entre 12h et 13h30 : 30 repas par jour livrés par Sodexo », précise Catherine. « On essaie de faire augmenter le nombre de repas, parce que quand on reçoit 60 femmes et qu’on a 30 plats, c’est un peu compliqué. » Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

La Maison du Cœur offre un espace consacré à l’hygiène et un service de lingerie où les femmes à la rue peuvent laver et sécher leur linge, sur rendez-vous. L’association lutte également contre la précarité menstruelle. Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

« On essaye aussi de les sortir un peu de leurs soucis quotidiens. »
Les Restos propose une offre de loisir, avec notamment des ateliers de chant ou de yoga. L’association est également adhérente de Dynamixt qui organise des petites activités. comme de la marche par beau temps. Des sorties culturelles sont aussi programmées par les bénévoles, avec récemment : La Folle Journée, visite du Belem, exposition Sous la pluie, fête de Noël, ou encore sorties à la mer. « On essaie d’animer tout ça, que ça vive », conclue Catherine. Photo © Amandine Masson, 06/03/2026

Tout droit arrivée de Paris où elle a vécu les 15 dernières années, Amandine est à Nantes depuis seulement quelques mois. Pourtant, sa connaissance du calendrier culturel et son ancrage dans le quartier révèlent plutôt une femme capable de trouver toutes les occasions pour faire des rencontres et de s’imprégner de l'imaginaire nantais. Son portrait

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017