3 février 2026

Culture à l’oreille : plus qu’un podcast, « un outil d’accessibilité »

Depuis fin 2024, le podcast Culture à l’oreille met en avant les sorties culturelles accessibles aux personnes non et malvoyantes. Impulsé par un collectif de structures nantaises, ce projet est aujourd’hui soutenu et coordonné par la Ville de Nantes. Un pas de plus vers l’accessibilité de la vie culturelle nantaise aux personnes en situation de handicap.

Culture à l’oreille : plus qu’un podcast, « un outil d’accessibilité »

03 Fév 2026

Depuis fin 2024, le podcast Culture à l’oreille met en avant les sorties culturelles accessibles aux personnes non et malvoyantes. Impulsé par un collectif de structures nantaises, ce projet est aujourd’hui soutenu et coordonné par la Ville de Nantes. Un pas de plus vers l’accessibilité de la vie culturelle nantaise aux personnes en situation de handicap.

« Je ne le présente jamais comme un podcast mais comme un outil d’accessibilité. » affirme Guillaume Brochet, coordinateur du festival Handiclap, porté par l’APAJH 44. Avec une trentaine d’autres salarié·es de structures culturelles à Nantes, il est à l’origine de Culture à l’oreille. L’objectif de ce podcast : mettre en lumière les initiatives culturelles nantaises en faveur des personnes non et malvoyantes ou en situation de handicap mental. Concerts audiodécrits, visites tactiles, documents en gros caractères ou rédigés en FALC (facile à lire et à comprendre)… Autant de démarches et d’outils peu connus du grand public qui facilitent l’accès de ces personnes aux salles de spectacles, musées ou encore festivals.

Une volonté collective

Tout est d’abord parti de la rencontre de salarié.es de structures culturelles nantaises, réunie.es mensuellement autour d’« une formation en LSF (langue française des signes) », se remémore Guillaume Brochet. « On profitait de cette formation pour se voir entre partenaires et pour discuter de choses et d’autres. » Comme de la façon d’informer les personnes non et malvoyantes des activités accessibles qu’ils et elles organisaient.

La collaboration entre cette quinzaine de lieux et événements culturels prend plusieurs formes avant d’aboutir à celle du podcast : réunions informelles, répartition des propositions accessibles tout au long de l’année, rédaction d’un document commun en gros caractère… D’autres acteurs culturels nantais viennent grossir les rangs et c’est un collectif d’une trentaine de structures qui sollicite le soutien de la Ville.

Un ordinateur posé sur un bureau. On y voit le site de l'onde porteuse, ouvert à la page de Culture à l'oreille. L'épisode 2 de la saison 2 est en cours de lecture

Les épisodes de Culture à l’oreille sont en écoute sur le site de l’Onde porteuse. Photo : Florence Calvez 01/02/2026

« C’était il y a 8 ans. » se souvient Charlotte Audollent, chargée de Mission Culture & Solidarités – Accessibilité à la Ville de Nantes. « On a travaillé sur la coordination du document en gros caractères, puis on a missionné une personne spécialisée sur les enjeux de médiation accessible et sur la communication. » Année après année, l’offre se structure et la Ville organise une présentation des saisons culturelles de chaque partenaire aux associations de personnes non et malvoyantes. Vient ensuite l’idée d’une newsletter puis d’un forum à la Manufacture des tabacs. De là « est née l’idée de créer un podcast lié à l’actualité et à l’information. En plus d’un agenda, on souhaitait faire des focus sur des sujets qui nous intéressaient sur l’accessibilité. » explique Charlotte Audollent.

C’est en octobre 2024 que parait le premier épisode de Culture à l’oreille, réalisé par l’Onde Porteuse, média indépendant et studio de production de podcasts. « En amont de chaque épisode, on se réunit et on fait le tour des sujets qui sont intéressants à mettre en lumière sur une période de 3 mois. On veut avoir une diversité de sujets donc d’un trimestre à l’autre, on va soit parler de musique, de musées, de spectacles… » détaille Charlotte Audollent, qui coordonne ces réunions. Une démarche qui plait particulièrement à Guillaume Brochet : « Il n’y a à aucun moment la volonté d’une structure ou d’une autre de tirer la couverture à soi, c’est vraiment très collaboratif. Pour nous, les opérateurs culturels, ça permet plein d’à-côtés, de s’échanger des bonnes pratiques. »

L’accessibilité mise en lumière

Entièrement financé par la Ville à hauteur de 10 000 € par saison, le podcast a atteint les 1000 écoutes sur les 4 épisodes de sa première saison. Parmi ses auditeur·ices se trouve Anthony Penaud, vice-président de l’association Orea et membre du Conseil nantais de l’accessibilité universelle. Pour lui, le podcast « permet d’avoir des infos sur des événements culturels accessibles. Ce qui est bien, c’est que ce sont les responsables des lieux qui sont interviewés et qui présentent leurs événements. » Il souligne cependant le nombre non négligeable de personnes non ou malvoyantes n’ayant pas accès à internet.

« Le podcast est un complément, ça ne nous donne quand même pas toutes les infos parce qu’il est trimestriel. » Il déplore dans certains cas l’absence de contact direct avec les représentant·es des structures culturelles « pour avoir les infos, recevoir des mails, s’appeler. Il y a beaucoup de lieux où les référents culturels changent. Ça veut dire qu’il y a beaucoup de de lieux qui organisent des événements mais nous, les personnes non-voyantes, on n’est pas en contact avec eux donc on ne sait pas qu’ils existent. Et eux ils sont embêtés aussi parce qu’ils n’ont personne qui vient à l’événement. »

Anthony, qui anime une émission dédiée à l’actualité culturelle accessible sur Prun’, apprécie toutefois les dispositifs mis en place à Nantes. Au théâtre Beaulieu ou à Onyx, qu’il fréquente régulièrement, « on nous fait venir une demi-heure avant le spectacle et on va voir la salle, ils nous montrent les décors, ils nous disent un peu les choses qu’on ne pourra pas voir. Même s’il y a des choses qu’on ne comprendra pas, on a quand même des éléments. » Un processus qui est détaillé dans le premier épisode de Culture à l’oreille avec l’exemple de Jérémy Tourneur, salarié de Pick Up Production et audiodescripteur de concerts.

« Le point de vue porté sur le handicap, en tout cas venant de partenaires culturels, médiatiques, associatifs, etc. a énormément évolué. »

Les initiatives d’accessibilité mises en œuvre pour les publics en situation de handicap s’inscrivent dans un contexte d’évolution des mentalités sur le sujet. « Le point de vue porté sur le handicap, en tout cas venant de partenaires culturels, médiatiques, associatifs, etc. a énormément évolué. » constate Guillaume Brochet. « Il est naturellement bienveillant mais il n’est pas que bienveillant, il est aussi averti ou a minima humble. On est plutôt en quête d’apprendre que de faire à la place des personnes. »

Pour sa deuxième saison, Culture à l’oreille s’ouvre également aux personnes en situation de handicap mental avec notamment un reportage sur un atelier de transcription du programme du Théâtre Universitaire en FALC (facile à lire et à comprendre). Le prochain épisode, qui sortira le 15 février, portera sur les lieux culturels récemment ouverts à Nantes comme Mixt ou Portevent. Et ensuite ? Guillaume Brochet se plait à imaginer : « J’aimerais bien peut-être penser une fois dans l’année à un épisode spécial co-construit, enregistré peut-être dans les conditions du direct avec les assos de bénéficiaires. » Pour lui, le défi consiste aussi à aller chercher des publics plus isolés. Car, assure-t-il : « une société plus inclusive, c’est une société qui va mieux. »

À 38 ans, Florence, formatrice en espagnol originaire de Quimper, a rejoint Fragil. Entre envie d’écriture, découvertes culturelles et nouvelles rencontres, elle espère que cette expérience lui permettra de redécouvrir Nantes autrement.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017