« Je ne le présente jamais comme un podcast mais comme un outil d’accessibilité. » affirme Guillaume Brochet, coordinateur du festival Handiclap, porté par l’APAJH 44. Avec une trentaine d’autres salarié·es de structures culturelles à Nantes, il est à l’origine de Culture à l’oreille. L’objectif de ce podcast : mettre en lumière les initiatives culturelles nantaises en faveur des personnes non et malvoyantes ou en situation de handicap mental. Concerts audiodécrits, visites tactiles, documents en gros caractères ou rédigés en FALC (facile à lire et à comprendre)… Autant de démarches et d’outils peu connus du grand public qui facilitent l’accès de ces personnes aux salles de spectacles, musées ou encore festivals.
Une volonté collective
Tout est d’abord parti de la rencontre de salarié.es de structures culturelles nantaises, réunie.es mensuellement autour d’« une formation en LSF (langue française des signes) », se remémore Guillaume Brochet. « On profitait de cette formation pour se voir entre partenaires et pour discuter de choses et d’autres. » Comme de la façon d’informer les personnes non et malvoyantes des activités accessibles qu’ils et elles organisaient.
La collaboration entre cette quinzaine de lieux et événements culturels prend plusieurs formes avant d’aboutir à celle du podcast : réunions informelles, répartition des propositions accessibles tout au long de l’année, rédaction d’un document commun en gros caractère… D’autres acteurs culturels nantais viennent grossir les rangs et c’est un collectif d’une trentaine de structures qui sollicite le soutien de la Ville.

Les épisodes de Culture à l’oreille sont en écoute sur le site de l’Onde porteuse. Photo : Florence Calvez 01/02/2026
« C’était il y a 8 ans. » se souvient Charlotte Audollent, chargée de Mission Culture & Solidarités – Accessibilité à la Ville de Nantes. « On a travaillé sur la coordination du document en gros caractères, puis on a missionné une personne spécialisée sur les enjeux de médiation accessible et sur la communication. » Année après année, l’offre se structure et la Ville organise une présentation des saisons culturelles de chaque partenaire aux associations de personnes non et malvoyantes. Vient ensuite l’idée d’une newsletter puis d’un forum à la Manufacture des tabacs. De là « est née l’idée de créer un podcast lié à l’actualité et à l’information. En plus d’un agenda, on souhaitait faire des focus sur des sujets qui nous intéressaient sur l’accessibilité. » explique Charlotte Audollent.
C’est en octobre 2024 que parait le premier épisode de Culture à l’oreille, réalisé par l’Onde Porteuse, média indépendant et studio de production de podcasts. « En amont de chaque épisode, on se réunit et on fait le tour des sujets qui sont intéressants à mettre en lumière sur une période de 3 mois. On veut avoir une diversité de sujets donc d’un trimestre à l’autre, on va soit parler de musique, de musées, de spectacles… » détaille Charlotte Audollent, qui coordonne ces réunions. Une démarche qui plait particulièrement à Guillaume Brochet : « Il n’y a à aucun moment la volonté d’une structure ou d’une autre de tirer la couverture à soi, c’est vraiment très collaboratif. Pour nous, les opérateurs culturels, ça permet plein d’à-côtés, de s’échanger des bonnes pratiques. »
L’accessibilité mise en lumière
Entièrement financé par la Ville à hauteur de 10 000 € par saison, le podcast a atteint les 1000 écoutes sur les 4 épisodes de sa première saison. Parmi ses auditeur·ices se trouve Anthony Penaud, vice-président de l’association Orea et membre du Conseil nantais de l’accessibilité universelle. Pour lui, le podcast « permet d’avoir des infos sur des événements culturels accessibles. Ce qui est bien, c’est que ce sont les responsables des lieux qui sont interviewés et qui présentent leurs événements. » Il souligne cependant le nombre non négligeable de personnes non ou malvoyantes n’ayant pas accès à internet.
« Le podcast est un complément, ça ne nous donne quand même pas toutes les infos parce qu’il est trimestriel. » Il déplore dans certains cas l’absence de contact direct avec les représentant·es des structures culturelles « pour avoir les infos, recevoir des mails, s’appeler. Il y a beaucoup de lieux où les référents culturels changent. Ça veut dire qu’il y a beaucoup de de lieux qui organisent des événements mais nous, les personnes non-voyantes, on n’est pas en contact avec eux donc on ne sait pas qu’ils existent. Et eux ils sont embêtés aussi parce qu’ils n’ont personne qui vient à l’événement. »
Anthony, qui anime une émission dédiée à l’actualité culturelle accessible sur Prun’, apprécie toutefois les dispositifs mis en place à Nantes. Au théâtre Beaulieu ou à Onyx, qu’il fréquente régulièrement, « on nous fait venir une demi-heure avant le spectacle et on va voir la salle, ils nous montrent les décors, ils nous disent un peu les choses qu’on ne pourra pas voir. Même s’il y a des choses qu’on ne comprendra pas, on a quand même des éléments. » Un processus qui est détaillé dans le premier épisode de Culture à l’oreille avec l’exemple de Jérémy Tourneur, salarié de Pick Up Production et audiodescripteur de concerts.
« Le point de vue porté sur le handicap, en tout cas venant de partenaires culturels, médiatiques, associatifs, etc. a énormément évolué. »
Les initiatives d’accessibilité mises en œuvre pour les publics en situation de handicap s’inscrivent dans un contexte d’évolution des mentalités sur le sujet. « Le point de vue porté sur le handicap, en tout cas venant de partenaires culturels, médiatiques, associatifs, etc. a énormément évolué. » constate Guillaume Brochet. « Il est naturellement bienveillant mais il n’est pas que bienveillant, il est aussi averti ou a minima humble. On est plutôt en quête d’apprendre que de faire à la place des personnes. »
Pour sa deuxième saison, Culture à l’oreille s’ouvre également aux personnes en situation de handicap mental avec notamment un reportage sur un atelier de transcription du programme du Théâtre Universitaire en FALC (facile à lire et à comprendre). Le prochain épisode, qui sortira le 15 février, portera sur les lieux culturels récemment ouverts à Nantes comme Mixt ou Portevent. Et ensuite ? Guillaume Brochet se plait à imaginer : « J’aimerais bien peut-être penser une fois dans l’année à un épisode spécial co-construit, enregistré peut-être dans les conditions du direct avec les assos de bénéficiaires. » Pour lui, le défi consiste aussi à aller chercher des publics plus isolés. Car, assure-t-il : « une société plus inclusive, c’est une société qui va mieux. »