22 janvier 2026

‘Pendant que les psy causent’ : un podcast pour déstigmatiser les troubles psychiques

Des adhérent·es du Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM) Le Nouveau Cap, accompagné·es par la radio associative Jet FM, se sont lancé·es dans la création et la diffusion d’un podcast dédié aux troubles psychiques. 'Pendant que les psy causent' s’appuie sur un travail collectif et un format documentaire centré sur la parole des personnes concernées.

‘Pendant que les psy causent’ : un podcast pour déstigmatiser les troubles psychiques

22 Jan 2026

Des adhérent·es du Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM) Le Nouveau Cap, accompagné·es par la radio associative Jet FM, se sont lancé·es dans la création et la diffusion d’un podcast dédié aux troubles psychiques. 'Pendant que les psy causent' s’appuie sur un travail collectif et un format documentaire centré sur la parole des personnes concernées.

« Le podcast a été créé par des personnes qui souffrent de troubles psychiques, c’est une manière de nous donner du pouvoir d’agir. » Créé par six adhérent·es nantais·es du Nouveau Cap, le podcast Pendant que les psy causent donne à entendre des récits rarement médiatisés sur les réalités des troubles psychiques. Publiée en octobre 2023, la première saison de dix épisodes part à la rencontre de 21 personnes concernées par ces troubles, sans parole médicale, ni regard extérieur.

Faire entendre des vécus pour lutter contre les stéréotypes

Le projet repose sur un parti pris assumé. Julie Auzou, documentariste sonore bénévole à Jet FM, accompagne l’atelier et résume l’ambition partagée par toutes les personnes engagées dans la création du podcast : « faire parler des voix qu’on n’entend pas ou peu ». Julie L., arrivée au GEM après avoir répondu à l’appel à témoins du premier épisode, constate : « C’est une manière de nous donner du pouvoir d’agir. » Elle est aujourd’hui membre active de l’atelier podcast et animatrice de l’atelier couture.

Les témoignages constituent la matière centrale du podcast. Pour les recueillir, l’équipe a lancé un appel à contribution et a préparé collectivement les interviews, afin de créer un cadre rassurant pour les personnes qui ont accepté de parler. Au fil des épisodes, les auditeur·rices découvrent des parcours singuliers, entre difficultés et rétablissements, racontés par celles et ceux qui les ont vécus.

Emmanuel H. et Julie L. s’amusent à rejouer la scène de l’interview qu’ils connaissent désormais par cœur. Le 16 décembre 2025 © Amélie Fortin

Le format audio joue un rôle clé. « Sans l’image, c’est beaucoup plus facile de s’exprimer », souligne Julie Auzou. Le son permet d’accéder à une parole plus intime, moins exposée. Julie L. ajoute que « les gens qui ont témoigné dans la première saison nous ont accordé une belle confiance ». À force de préparer les épisodes, d’écouter les témoignages et d’en discuter, les participant·es de l’atelier ont eux-mêmes gagné en aisance pour poser des mots sur leurs propres troubles psychiques. Un bénéfice qu’Emmanuel H., lui aussi membre de l’atelier, met en évidence : « Si on n’est pas franc avec sa maladie, on est encore plus perdant. »

Après sa diffusion sur Jet FM, le podcast a été publié en intégralité sur la plateforme Castopod. Depuis sa sortie, une quinzaine de séances d’écoute publique ont été organisées à Nantes et ses environs. D’autres sont encore prévues en 2026. Dans les lieux culturels, les écoles de santé ou lors d’événements dédiés à la santé mentale, les échanges qui s’ensuivent sont souvent émouvants, empreints de compassion et toujours nécessaires. « On s’est rendu compte qu’il y avait besoin de parler de ça », relate Julie Auzou. Ces moments ouvrent des discussions pendant lesquelles des personnes concernées ou non, questionnent leurs représentations des troubles psychiques. Emmanuel H. s’en félicite : « Souvent, les gens ont des images sur les fous. Le podcast permet de les mettre face aux faits, plus qu’aux idées reçues. »

Le podcast, un projet collectif dans la lignée du GEM

Ouvert en 2006 à Nantes, le GEM – Le Nouveau Cap accueille toute personne concernée par un ou plusieurs troubles psychiques, lui permettant ainsi de renouer des liens grâce aux nombreuses activités proposées et auto-gérées par les adhérent·es. « Avant d’arriver ici, souvent on est un peu seul », confie Emmanuel H. Pour cet adhérent historique, « le fait qu’on puisse appeler un copain du GEM quand on se sent angoissé, ça donne un vrai sens au GEM ».

Le GEM – Le Nouveau Cap est situé au 22 rue Marcel Paul, 44000 Nantes. Il fait partie des plus de 600 GEM de France. Le 16 décembre 2025 © Amélie Fortin

L’atelier podcast s’adapte aux rythmes de chacun·e, sans pression liée aux absences. Une souplesse que Julie Auzou favorise, en veillant à ce que le projet puisse inclure « les personnes qui ne peuvent pas être là parce qu’elles rechutent ou qu’elles ne sont pas en forme. Elles reviennent quand elles sont disposées et capables, ce n’est jamais un frein. » Elle se réjouit de la régularité constante depuis le lancement, en septembre 2022. Au sein du GEM, et grâce à un atelier pensé sur mesure, les adhérent·es tissent des liens que Julie L. décrit avec le sourire : « On est très solidaires entre nous, c’est ça qui fait la force du groupe podcast. »

Pensé de bout en bout comme un projet collectif, le podcast est fabriqué à plusieurs mains, depuis l’écriture des questions jusqu’aux choix de montage, de titres et d’habillage sonore. En produisant un documentaire sonore immersif, pensé pour être diffusé et utilisé comme support d’échange et d’information sur les troubles psychiques, le groupe remporte le Prix de l’Innovation Sociale et Solidaire de la Ville de Nantes en 2024. Ce soutien financier permet à l’atelier de poursuivre le travail engagé.

Explorer d’autres facettes de la psychiatrie

Cette expérience a donné au groupe l’envie de poursuivre le projet. Après une première saison jugée éprouvante, l’équipe souhaite désormais « redonner espoir ». La deuxième saison, partiellement enregistrée et en cours de production, explore des lieux qui expérimentent la psychothérapie institutionnelle. Cette approche, qui considère le cadre de vie et l’organisation collective comme partie prenante du soin, trouve un écho particulier auprès des habitué·es du GEM. Emmanuel H. établit le parallèle : « Dans la psychothérapie institutionnelle, chacun prend des responsabilités, comme au GEM. »

Une carte de France recense les différents lieux envisagés pour la création de la deuxième saison. Le 16 décembre 2025 © Amélie Fortin

Pour préparer les épisodes, des immersions de plusieurs jours ont été organisées. Elles continuent de renforcer la cohésion du groupe. Julie Auzou raconte avec fierté : « On part quatre à cinq jours ensemble, en mode colo. Ce n’est pas rien pour des personnes qui ont des troubles psychiques. C’est compliqué de partir de chez soi, de dormir ailleurs quand on ne connaît pas… C’est tout un tas d’angoisses qui peuvent survenir, et en fait, ça se passe hyper bien. »

Au fil des saisons, Pendant que les psy causent ne se contente pas de faire entendre des récits sur les troubles psychiques. Le projet agit aussi sur celles et ceux qui le portent. Prendre la parole, fabriquer un documentaire, aller à la rencontre d’autres lieux transforme les participant·es. Une dynamique collective qui se poursuit, alors que la diffusion de la deuxième saison, en cours de production, est attendue à l’automne 2026.

 

Ressource utile : Le site de Psycom, organisme public qui informe, oriente et sensibilise sur la santé mentale

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Curieuse, passionnée et lumineuse, Amélie a cette envie sincère de faire rayonner la culture et la solidarité nantaise.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017