• Anne, présidente de l'asso les AFFs, pour réclamer la place des femmes sur Wikipedia devant un rollup de Wikipédia - 17 01 26 © Adélaïde Cesbron
28 janvier 2026

Les AFFs veulent « rendre visibles les réalisations des femmes » sur Wikipédia

Les Ateliers Femmes et Féminisme luttent pour une meilleure représentation des femmes dans les média et en particulier sur internet. Pendant ces ateliers, l'association forme des femmes à devenir contributrices sur Wikipédia, et à rédiger des biographies de femmes pour "réduire le fossé des genres et rendre visibles les réalisations des femmes".

Les AFFs veulent « rendre visibles les réalisations des femmes » sur Wikipédia

28 Jan 2026

Les Ateliers Femmes et Féminisme luttent pour une meilleure représentation des femmes dans les média et en particulier sur internet. Pendant ces ateliers, l'association forme des femmes à devenir contributrices sur Wikipédia, et à rédiger des biographies de femmes pour "réduire le fossé des genres et rendre visibles les réalisations des femmes".

« On voulait créer une niche, un groupe d’entraide qui ne serait pas dans la performance, pour permettre aux femmes de prendre confiance en elles dans un environnement sécurisant ».
Deux samedis par mois, les ateliers des AFFs réunissent autour d’ordinateurs des femmes qui veulent apprendre à publier, corriger et participer au projet de l’encyclopédie Wikipédia. Des moments qui permettent de se rassembler, se soutenir, s’entraider, se relire et réaliser des articles.

Depuis 10 ans les AFFs, Ateliers Femmes et Féminisme,  se donnent pour mission d’inscrire les femmes dans l’Histoire. Un projet clair, qui est parti d’un constat simple : Wikipedia est un commun numérique*. Chacun.e peut participer sans aucune discrimination. En théorie.

« En 2025 moins de 17% des biographies de personnes françaises sur Wikipédia étaient celles de femmes »

« mais dans les faits c’est faux » déclare Anne Baumstimler, une des fondatrices de l’association nantaise. « On constate qu’il y a seulement 10% de contributrices, et que les femmes sont également sous-représentées au niveau des fiches Wikipédia : en 2025 moins de 17% des biographies de personnes françaises sur Wikipédia étaient celles de femmes. »
Ce phénomène s’appelle le fossé des genres, ou Gender gap.

* Un commun numérique est une ressource numérique produite, gérée et gouvernée par une communauté d’utilisateurs selon des règles de gouvernance conjointement élaborées. La dématérialisation de la ressource et les licences libres associées permettent à un commun numérique d’offrir à tous les membres de sa communauté les libertés d’accès, d’usage, d’étude, d’amélioration et de partage de la ressource.

Anne Baumstimler, présidente de l'asso les AFFs, milite pour la présence des femmes sur Wikipedia et dans les média - 17 01 26 © Adélaïde Cesbron

Anne Baumstimler, présidente de l’asso les AFFs, milite pour la présence des femmes sur Wikipedia et dans les média – 17/01/26 © Adélaïde Cesbron

Cette sous-représentation est due au fait que « les femmes ont moins d’opportunités pour s’investir dans la rédaction ou la correction de fiches Wikipédia car elles ont moins de temps libre et sont de manière générale plus précaires que les hommes ».
Une autre raison se situe dans le fonctionnement et les règles de communication et publication de Wikipédia, faite de facto par des hommes et pour des hommes : pour voir son article publié il faut qu’il soit validé par les pairs, et la communication est plutôt directe, « virile » dit-elle, il faut oser prendre la parole, défendre ses positions, et parfois gérer du cyberharcèlement.

Des actions pour mettre en lumière les femmes

Ces femmes se sont données pour but de publier principalement des biographies (des fiches, dans le jargon Wikipédia) de femmes. De joueuses de foot contemporaines à botanistes ou femmes de science du XIXe ou avant. Toutes les catégories sont ouvertes.

L’objectif est donc double : améliorer la représentation des femmes sur Wikipédia, tant au niveau des contributrices que des représentées, et faire progressivement bouger les lignes, par exemple sur les critères d’admissibilité (pour rédiger une biographie sur une personne) qui sont différents pour les hommes et les femmes. « En 2014, il y avait très peu de contributrices, on a beaucoup agit pour la féminisation du langage, par exemple sur les noms de métier, ou sur la cohérence des biographies de femmes qui se mariaient ou bien divorçaient : les noms changeaient tout au long de l’article, quand on le lisait on était complètement perdues alors qu’en fait on parlait toujours de la même personne. »

D’autres actions sont mises en place, pour combler ce fossé des genres : :es ateliers interviennent dans les collèges et les lycées pour montrer une variété de réalisations de femmes parfois ignorées ou attribuées à des hommes. C’est aussi l’occasion d’apprendre à des lycéennes à utiliser, à publier sur Wikipédia et à s’intéresser sur la représentation des femmes dans l’Histoire.

les flyers des AFFs pour les ateliers en non mixité 2 samedi par mois - 17 01 26 © Adélaïde Cesbron

les flyers des AFFs pour les ateliers en non mixité, deux samedis par mois – 17/01/26 © Adélaïde Cesbron

Des projets à suivre en 2026

Pour l’année 2026, elles veulent aussi organiser plus de conférences et de tables rondes pour faire réfléchir sur la présence des femmes dans les médias, Wikipédia et plus largement : le numérique. La première a eu lieu le 17 janvier 2026 à la Carte Postale, et portait sur les interactions entre l’intelligence artificielle et Wikipédia, en partenariat avec la fondation Wikimédia.

Une autre grande rencontre aura lieu, à l’occasion de la Journée internationale des luttes des droits des femmes, le 8 mars 2026. Un atelier de traduction de fiches de femmes actrices de la lutte féministe en Europe de l’Est sera organisé à la Maison de l’Europe. Les AFFs montrent par leurs différentes actions que le travail pour réduire ce Gender gap est encore grand, mais qu’il y a plein de moyens et plein d’occasions pour y participer.

Ressource utile : 

Les ateliers de contribution en non-mixité continuent 2 samedi par mois tout au long de l’année.

 

Adélaïde est revenue à Nantes il y a deux ans maintenant. Après 15 années passés à Bruxelles, elle est de retour dans la métropole nantaise avec l'envie de redécouvrir sa ville. Nouvelle arrivée à Fragil, c'est avec un œil neuf qu'elle rejoint la rédaction.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017