Route du Rock : un bilan contrasté
Sonic Youth pimente l’édition 2007
Pendant trois jours, du 15 au 17 août, le Fort de Saint-Père a accueilli de bonnes prestations. Mais à l’heure du bilan, les coups de coeur et les réelles découvertes manquent à l’appel.
Un passage au festival malouin, parrainé par le défricheur hors pair de France Inter, Bernard Lenoir, est souvent l’occasion de prendre le pouls du pop-rock indé. Quid de cette édition 2007 ? Les organisateurs avaient fait un choix risqué : programmer en semaine pour ne pas souffrir de la concurrence de grands festivals internationaux comme le Summer Sonic au Japon. Malgré la pluie, le public a répondu aux attentes. Mais la programmation interroge. Quelques bonnes surprises (Fujiya & Miyagi, The Go Team !) et des confirmations (Electrelane, CSS) ont rythmé le festival. L’ensemble, sans être de mauvaise facture, n’a pas brillé par son originalité. Reste les prestations contrastées de deux vétérans, très attendus, les Smashing Pumpkins et Sonic Youth.
La citrouille vieillit mal
Après six ans d’absence sur scène, les premiers vendaient un retour pour le moment unique en France. Jeudi soir, les tee-shirts affublés d’un Zero, en référence à l’une des chansons phares du groupe, symbole d’un chanteur mégalo exploitant sans cesse la corde de l’auto-dénigrement, ont envahi le Fort de Saint-Père. Juste retour sur investissement : le cachet des Pumpkins a englouti près de la moitié du budget des trente artistes programmés. Une attitude surprenante pour un festival qui joue la carte de la musique indépendante. Et un événement, au final, décevant.
Les « citrouilles » ont versé dans la nostalgie comme pour faire oublier la faiblesse de leur dernier album
Les « citrouilles » ont versé dans la nostalgie comme pour faire oublier la faiblesse de leur dernier album, Zeitgest. Quelques titres puisés dans Mellon collie and the infinite sadness, le double album à succès. Des tubes piochés dans Siamese Dream. Le public semble apprécier. Les slams s’enchaînent au-dessus d’une foule acquise à la star. Mais la musique ne convainc pas. Lesté de sa bassiste, D’arcy, de son guitariste, James Iha, les Smashing Pumpkins ont définitivement remisé le son rond et hypnotique qui avait fait leur succès dans les années 90. Jimmy Chamberlin se démène vainement sur sa batterie. Les guitares crachent un métal lourd et sans relief. La voix nasillarde de Corgan ne parvient pas à cacher le manque d’inspiration. Le tout confine à la lassitude.
Sonic Youth, phénoménal
Tout aussi attendu, Sonic Youth a largement fait oublier les désillusions de la veille. Les New-Yorkais ont joué, dans l’ordre, les titres de Daydream Nation. Dès les premières notes de Teenage Riot, les guitares rugissantes ont rassuré : le chef d’œuvre vieux de presque vingt ans n’a pas pris une ride. Pendant 1h45, le quatuor a donné un aperçu de ce qu’il sait faire de mieux : une musique d’une originalité sans pareille. Accessible, torturée et à la fois mélodique. Une alchimie de guitares, complexe et dynamique. Des harmonies savantes côtoient un art de la dissonance inégalé : Sonic Youth n’a pas influencé par hasard les plus belles pages du rock, de Nirvana à Blonde Redhead. Le son électrisé des Américains conserve toute sa pertinence. Ni daté, ni sacralisé. Inventif et toujours rebelle. De quoi relativiser la performance de leurs prédécesseurs. Pop is not dead, assure le slogan du festival malouin. Le rock, lui, a peut-être du plomb dans l’aile.
David PROCHASSON

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