Rencontre avec Matthieu Bouchet
« c’est moi, ni plus ni moins en fait »
Après avoir joué avec ses copains dans La Sainte Famille, Les Jambons, puis avec Jeanne Cherhal, Matthieu Bouchet, auteur, compositeur et interprète nantais, sort en janvier 2004 : Des Fleurs pour la Patronne. Tissé Métisse Recto est l’occasion pour ce jeune poète de présenter son oeuvre très attachante au public, et à Fragil de le rencontrer ce 4 décembre !
Fragil : Comment définiriez vous votre style musical
Matthieu : On fait du cabaret, on fait… Enfin oui, je dis « on » parce que je ne suis plus tout seul (i.e : Vincent : trompette, Sara : flûte traversière, Héléna : chant + voix off, Régis : chant + poésie, Régis : mise en scène) ; oui on fait du cabaret, on essaye de faire rire les gens, … ou pas. Après est-ce qu’on y arrive ? Je sais pas. Non il n’y a pas de message à transmettre encore. J’aimerai bien ! Enfin, j’ai des convictions sur la politique. Je ne suis pas apolitique mais après, il me semble pour que… tant qu’à faire que tenir un discours, comme on dit « engagé », un discours politique, il faut que ça soit fait avec une certaine finesse, pour l’instant que moi je n’ai pas encore. Si c’est pour dire « la peine de mort, c’est nul ; la guerre, c’est pas bien ; je suis contre la faim dans le monde… » enfin pour moi ça suffit pas. Il faut, il faut avoir un discours plus fin. Peut-être plus nuancé des fois, quitte à avoir réussi à manier l’ironie, mais c’est quelque chose d’assez difficile. Ou alors !… ou alors faut avoir une plume assez extraordinaire comme pouvait l’avoir Ferré, comme pouvait … enfin bon, les mêmes quoi : Brel, des trucs comme ça… mais après faut avoir un niveau… Alors après bon ! Après, moi je sais pas, si ça se trouve t’aimes bien, mais après il y a des groupes comme Sinsemilia ou comme ça qui font des trucs, je vois pas l’intérêt. Je vois pas l’intérêt parce que pour moi…
Fragil : Par rapport à quoi ?
Matthieu : Par rapport à leur faux statut d’artistes engagés, ou leur fausse croyance quand on signe dans une Major, un truc comme ça, après on peut pas se dire libre, et puis c’est pas vrai. Et leur discours -bon je suis d’accord avec- mais je vois vraiment pas l’intérêt de défoncer des portes ouvertes…
Enfin, et forcément ! Parce que du coup… enfin, après c’est un problème ! On veut dire quelque chose, le propre d’un discours politique ou engagé, c’est de s’adresser aux gens qui ne sont pas convaincus.
Fragil : C’est vrai. C’est les « convaincre » ou les « persuader » ?
Matthieu : essayer ou sinon de les faire réfléchir ou…enfin parce qu’on ne convainc pas quelqu’un avec une chanson.
Fragil : Si il n’y a pas de raisonnement, on les persuade du moins…
Matthieu : Ou au moins de les faire réfléchir. Mais après les concerts de Sinsemilia, ou même d’autres groupes de Tryo ou des trucs comme ça, sont remplis de gens qui sont convaincus, qui sont convaincus dès le départ.
Fragil : C’est un public plus jeune aussi, peut-être.
Matthieu : Oui mais c’est pas…, oui mais après c’est… Après oui mais justement non, c’est pas une excuse parce que ça serait réduire le public jeune à un public moins fin ou moins intelligent.

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