Reportage numérique
Ostalgie : On a détruit le mur, pas la frontière
Le Mur de Berlin, l’anniversaire des 20 ans, la pluie
Le mur n’existe plus. Et depuis, Berlin a bien changé. Dans les cœurs, la réunification n’a pas eu lieu. Une frontière virtuelle s’est désormais installée.
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Ostalgie : On a détruit le mur, pas la frontière from Valérie Pinard on Vimeo.
Impressions d’un séjour à Berlin en pleine commémoration des 20 ans de la chute du mur
Il manquait bien quelque chose à l’atmosphère de la ville, en ces jours de commémoration. L’ambiance euphorique d’il y a 20 ans n’était pas au rendez-vous. Les médias en ont-ils trop fait ? Un engouement de reportages a relayé cet événement historique durant toute l’année 2009. Les divers documentaires ont révélé Berlin comme une ville européenne incontournable.
La capitale est cosmopolite. Elle est plébiscitée pour son dynamisme culturel, de par ses initiatives originales dans des lieux inattendus et son avant-gardisme écologique.
« L’obligation de souvenir reste sensible pour de nombreux Allemands dont la conscience individuelle reste fragilisée par une mémoire collective pas tout à fait assumée ». Régine Robin explique bien ce phénomène, dans son excellent ouvrage Berlin chantiers [1]. Il n’est pas question ici de remettre en question toutes les entreprises de modernisation capitaliste de l’ancienne RDA. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Le malaise persiste. Le capitalisme n’a pas réussi à rendre les Allemands de l’Est libres. Beaucoup d’entre eux ne se sont pas retrouvés dans cette nouvelle société où l’on ferme les usines et les commerces les uns après les autres, où les postes administratifs disparaissent, où la population déménage pour que l’on rénove les habitations. Sans parler du discrédit jeté sur les intellectuels.
La liste est longue. Elle explique l’indifférence face aux événements commémoratifs du 9 novembre 2009. Contrairement à ce que l’on a voulu imaginer, Berlin n’était pas en fête. L’organisation des commémorations s’est révélée un pur show médiatique et politique.
Contrairement à ce que l’on a voulu imaginer, Berlin n’était pas en fête. L’organisation des commémorations s’est révélée un pur show médiatique et politique
Tout était concentré entre le Bundestag et Postdamer Platz, là où étaient installés les dominos. Une grande attraction pour les quelques touristes, photographiant à tout rompre ces œuvres, quelque peu détournées par un sponsoring à outrance.
Il pleuvait et l’ennui des festivités était consternant. Sur l’Alexanderplatz, une exposition offrait aux passants un rappel sur l’avènement de la chute du mur et du socialisme. Cette exposition instructive était très riche en documents d’archives photos, vidéos et textes. Les points stratégiques de l’ancienne RDA sont devenus des attractions touristiques. La plus grande galerie à ciel ouvert, la fameuse East Side Gallery est représentée sur le plus long tronçon restant du mur. Les œuvres furent repeintes pour l’occasion. Au Checkpoint Charlie, [2] les visiteurs d’aujourd’hui, posent entre un officier américain d’un côté, et russe de l’autre, déguisés dans leur uniforme respectif du temps de la guerre froide. Une mascarade de l’Ostalgie.
Restent quelques terrains vagues, de nombreuses façades abandonnées aux graffitis et aux colleurs d’affiches, quelques bâtiments en proie à la végétation.
Le quartier de Friedrichshain est sans doute le dernier bastion mis de côté par les promoteurs. Mais pour combien de temps ? A la recherche des dernières traces épargnées par la rénovation, il est difficile aujourd’hui de se perdre dans la mélancolique Berlin d’après la chute du mur. Restent quelques terrains vagues, de nombreuses façades abandonnées aux graffitis et aux colleurs d’affiches, quelques bâtiments en proie à la végétation.
Les protestataires sont nombreux face à tous ces changements imposés. Beaucoup d’Allemands refusent les valeurs de la société de consommation de l’Ouest. Ils recherchent à reconstituer des atmosphères de l’ancien Berlin Est, atypique, loin de ces hauts lieux culturels devenus très branchés depuis leur rénovation. Tel le Franz Club dans Prenzlauer Berg où l’entrée est désormais à 30 EUR au lieu de 5 DM au début des années 90. Dans le quartier de Mitte, on trouve aussi les Hackescher Höfe avec, certes, de belles arrières cours mais des boutiques et des galeries hors de prix.
Malgré les mutations urbanistes et sociétales que connaît Berlin, c’est une ville insolite habitée par son histoire d’où une atmosphère particulière qui reste très attachante.
Mais la fête, ce n’est pas là qu’elle avait lieu. C’est à Nantes que l’excentrique Berlin se donnait en spectacle. L’association Mutante, menée par Catherine Duault organisait une soirée aux Ateliers de Bitche, pour fêter la chute du mur. L’artiste allemande, Näd Mika, était en tête d’affiche. Avec d’autres interprètes, l’ambiance tant attendue à Berlin était là, au rendez-vous. Une soirée délurée et colorée, loin du Berlin grisâtre malgré les festivités.
Valérie Pinard
Remerciements à Romain Ledroit pour ses précieux conseils journalistiques.
[1] Berlin chantiers : Un essai sur les passés fragiles, par Régine Robin
[2] principale porte d’accès pour les alliés en transit entre les deux parties de Berlin

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