Economie Sociale et Solidaire
L’économie au service de l’Homme
Entretien avec Damien Labrousse et Hervé Gouil des Ecossolies
Face aux dérives du système capitaliste, se dressent aux quatre coins du monde des résistants qui nous rappellent qu’un autre monde est possible et surtout, réalisable… Ancrée à la fois sur le local et l’international, touchant à tous les domaines, l’Economie Sociale et Solidaire est pourtant difficile à appréhender.
Les 10 et 11 décembre derniers, ont eu lieu à Nantes les Journées de Mobilisation et d’Etudes de l’association des Ecossolies. A cette occasion, Damien Labrousse et Hervé Gouil, respectivement coordinateur et membre du bureau de l’association, ont accepté de répondre à certaines questions concernant cette économie alternative. Alors messieurs, l’E.S.S, c’est quoi ?
Fragil : Pouvez-vous nous donner une définition de l’Economie Sociale et Solidaire (E.S.S) ?
Hervé Gouil : Il existe beaucoup de définitions pour un champ assez vaste. Récemment, Thierry Jeantet présentait l’E.S.S comme un rassemblement d’initiatives dont l’objectif est de faire participer un maximum de monde à l’activité économique sans en être victime. L’idée est de privilégier la finalité sociale d’une activité plutôt que le profit à court terme qu’elle pourra engendrer. La conception d’entreprise s’entend ici comme une forme participative d’investissement durable et non pas comme un patrimoine sur lequel on peut spéculer.
Fragil : les Ecossolies, c’est quoi ?
Damien Labrousse : C’est une association nantaise qui regroupe environ 150 structures (mutuelles, coopératives et associations) qui s’intéressent à l’E.S.S. Elle existe depuis 2004 et a pour objectif de faire la promotion de cette économie alternative. L’environnement, la diversité culturelle, la consommation responsable, la solidarité internationale ou le tourisme et les loisirs pour tous sont autant de secteurs dans lesquels les Ecossolies proposent des alternatives concrètes. L’association promeut un entreprenariat différent et rassemble des structures d’insertion et des entreprises où le capital est partagé entre les personnes qui y travaillent (Scop : sociétés coopératives ouvrières de production).
Fragil : peut-on chiffrer l’E.S.S sur l’économie nantaise ?
Hervé Gouil : Les activités de l’E.S.S ne peuvent pas s’analyser qu’en terme de chiffres. Mais une grosse part de ces activités passent par le marché concurrentiel et peuvent donc se mesurer de cette façon. Sur le territoire de Nantes Métropole, l’E.S.S représente environ 11 à 12 % de l’activité économique et génère environ 38 000 emplois.
Fragil : A l’instar de Nantes et des Pays de la Loire, les réseaux de l’E.S.S sont-ils développés en France et en Europe ?
Damien Labrousse : Les dynamiques ne sont pas semblables sur l’ensemble du pays. Cependant, les Chambres régionales d’économie solidaire maillent le territoire de façon continue depuis déjà une vingtaine d’années. En ce qui concerne l’événementiel et la communication, on n’a pour le moment pas d’équivalent en France aux Ecossolies.
Hervé Gouil : Au niveau européen, les pays ne sont pas tous égaux non plus. En Italie, des initiatives relativement récentes comme les Scop, ont crée dans les services à la personne une mise en œuvre de moyens énormes là où l’état se désengageait. En Espagne, le groupe Mondragon, petite coopérative de production basque créée à la fin des années 50, est actuellement le 7ème groupe industriel espagnol et emploie 70 000 personnes. L’histoire et les statuts des structures donnent des profils différents à ces formes d’économie sociale d’un pays à l’autre.
Aujourd’hui, le défi majeur se situe dans les pays de l’Est. Ce type d’économie y existait peu, ou plutôt sous une forme étatique très planifiée et pas vraiment « participative »… Il y a donc une reconquête d’image à réaliser pour qu’une reconstruction ou un redéveloppement passe par l’E.S.S.
Fragil : Qu’en est-il de l’E.S.S au niveau mondial ?
Hervé Gouil : Les initiatives de l’E.S.S sont réparties sur toute la planète et sont particulièrement fortes dans les pays dits en voie de développement, avec une dimension qu’on ignore souvent. La plus grande coopérative du monde est brésilienne avec plus d’un million de sociétaires. Dans les domaines agricole et bancaire, on trouve de grosses coopératives et mutuelles en Amérique du sud et en Asie.
l’objectif est de faire participer un maximum de monde à l’activité économique sans en être victime
Globalement, plus de la moitié des habitants de la planète dépend d’une association, d’une mutuelle ou d’une coopérative. Il serait bon d’envisager une alliance entre les pays où l’E.S.S est ancrée historiquement et les pays émergents qui la redécouvrent ou qui, par nécessité, on besoin de la décliner à grande échelle.
Fragil : Quels sont à ce jour les principaux obstacles à l’expansion des pratiques que propose l’E.S.S ?
Hervé Gouil : Le premier obstacle, c’est la résignation ou le cynisme qui pousse à penser que les choses conserveront un ordre immuable…
Damien Labrousse : Ce qui fait notre force est aussi parfois une cause de ralentissement. La diversité des acteurs et des concepts au sein de ce mouvement fait naître de nombreux débats. Entre les systèmes d’échanges locaux (SEL) à but non lucratif et les systèmes de coopérative tels que Mondragon, il est difficile de se mettre d’accord sur un message commun. C’est aussi ce qui rend si compliquée une définition de l’E.S.S…
Elisabeth Chanard et Juliane Rougemont
Si l’E.S.S vous intéresse :
N’hésitez pas à vous rendre au prochain événement des Ecossolies à Nantes, le 6 février 2009. Vous pourrez notamment vous inscrire à des ateliers d’éco construction. Pour en savoir plus, consultez le site Internet de l’association.
Allez donc aussi faire un tour à Solid’Air, du 12 au 15 mars 2009 à La Chapelle-sur-Erdre.
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